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Full text of "Saint-Domingue, ou Histoire de ses révolutions; : contenant le récit effroyable des divisions, des troubles, des ravages, des meurtres, des incendies, des dévastations et des massacres qui eurent lieu dans cette île, depuis 1789 jusqu'à la perte de la colonie"

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479.  SAINT-DOMINGUE  ou  Histoire  de 
ses  Révolutions,  contenant  :  Le  récit 
effroyable  des  divisions,  des  troubles, 
des  ravages,  des  meurtres,  des  incen- 
dies, des  dévastations  et  des  massacres 
qui  eurent  lieu  dans  cette  île,  depuis 
1789  jusqu'à  la  perte  de  la  colonie.  P., 
Tiger,  s.  d.,  in-16,  br.,  de  108  pp.  et 
1  gravure  repliée.  (386)  80  fr. 

Edition  ancienne  de  cette  importante  étude. 


fCtJixar^ 

p-nnnn  |lnitreraita 


^  The  John  Carter  Brown  Library  4^ 

®  .       .  ® 

♦^  Brown  University  "^ 

♦5^  Purchased  from  the  *$• 

^      Louisa  D.  Sharpe  Metcalf  Fund      ^ 

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^  108  ^ 

capitaine, qui  fut  tué  ei  dévoré  aussitôt. 
Cet  horrible  sacriflce  ne  se  renouvelia 
plus;  mais  un  homme  mourut  et  fut 
mangé.  Enfin,  les  deux  canots  séparés 
l'un  de  l'autre  eurent  le  bonheur  d'être 
sauvés.  Mais  ces  malheureux  étaient 
plutôt  des  spectres  que  des  hommes, 
tant  les  fatigues  et  les  privations  qu'ils 
avaient  endurées  avaient  été  longues  et 
cruelles. 

Quant  aux  hommes  restés  dans  l'île 
Elisabeth,  un  vaisseau  fut  envoyé  plus 
tard  pour  les  recueillir.  Ils  avaient  pas- 
sé trois  mois  sur  ce  rocher,  vivant  de 
quelques  oiseaux  et  de  tortues  de  pas- 
sages. Le  seul  abri  qu'ils  trouvèrent  fut 
des  grottes,  où  ils  découvrirent  huit 
squelettes  humains.  Leur  plus  grande 
angoisse  fut  la  privation  d'eau  douce. 
Il  leur  fallut  souvent  endurer  la  soif 
pendant  cinq  ou  six  jours,  en  attendant 
qu'il  tombât  quelques  gouttes  d'eau 
dans  le  creux  des  rochers;  malgré  tout, 
ils  furent  sauvés  de  cette  triste  position 
et  allèrent  rejoindre  leurs  compagnons 
qui  les  attendaient  à  quelques  lieues 
de  là.  FIN. 

Inipr.  de  l'oLLET,  Soupe  e{  Gtinois,  rue  Saiiil-Dnnis,  5So. 


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J/h  iV/J/i'  //ffliïjl^. 


SAINT-DOMINGUE 


OU 

HISTOIRE 

DE  SES   RÉVOLUTIONS; 

CONTEKANT 

Le  récit  eff'rojable  des  divisions ,  des 
troubles ,  des  ravages,  des  meurtres , 
des  incendies ,  des  dévastations  et  des 
massacres  qui  eurent  lieu  dans  cette 
île ,  depuis  1789  jusqu'à  la  perte  delà 
colonie. 


A  PARIS, 

Cli«z   T I G  E  R  ,    Iinprimeur  -  Libraire ,  riw  iW 

Petit-Pont ,  n»  I  o. 

±y  PIWER  LITTÉRAIRE; 


On  trouve  clier.  le  même  Împrîaieur-Libraire 
les  ouvrages  ci-après,  coBcernnnt  les  guerres  ,  ba- 
tailles, couibats  ,  victoires,  etc.,   des  Français. 

Batailles  ,    combats  et   victoires  des   Français    en 
Espai^ne  et  en  Portugal,  i  volume. 

En  Al!eir^as;ne  et  en  Belgique  ,  i  volumeé. 

— En  Autriche  et  en  PoIo;;ne  ,  2  volunies. 

En  Egypte,  en  Syrie  et  en  Palestine,  i  vol. 

En  Holiande,  en  îtalieet  en  Allemagne,  i  vol. 

—  En  Russie  ,  i  volume. 

En  Saxe  ,  1  volume. 

Invasions  et  siégi^s  de  Paris  ,  etc. ,  i  vol. 
Révolutions  d'  Sainl-Domingae,  1  vol. 
Débarquement  dans  cette  îie  ,  i  vol. 
Révolmion  d'Espacne  ,  1  vol. 

— deT^a|des,    i  vol. 

Guerre  de  la  Vendée  ,   2  vol. 

Morean;  sa  vie,  ses  exploits  militaires,  etc. 

Pichegrii  ;  si  vie,  ses  taîens  militaires,  etc.;  1  vol. 

Vie  du  maréchal  Ney,  contenant  des  détails  inté- 
ressons.  —  Son  procès  :  2  vol. 

Vie  d'Athanase  Charrette,  général  vendéen;  r  vol, 

Henri  de  LarochejaqHelain,  générai  en  chef  de  l'ar- 
mée d'Anjou:  suite  de  la  guerre  de  la  Vendée,  i  v. 

Tuffin  de  \i  Kouarie  ,  général  des  chouans:  suite 
de  la  guerre  de  ia  Vend,éc,  i  vol. 

Le  Siège  de  Barcelonne  ,  i  volimie. 

^es  Conquérans  du  Nouveau-Monde,  ou  Histoire 
de  Chris'ophe  Colomb  et  de  Fernand  Cortez  , 
traduit  de  l'anglais,  2  vol. 

Les  Flibustiers,  en  8  volumes,  qui  se  vendent  en- 
semble OJi  .'séparément. 

Les  douze  Césars  ,  1  vol. 


I  vol. 


PAKIS,  DE  L'IMPRIMERIE  DE  TIGER. 


V«^ï^^'>S^«%&^!S^^!©i^^'5^^^^^'^^^^5S^^^'!!^'%^^^ 


PREFACE 


N. 


ous  croyons  indispensable,  avant  que 
de  donner  un  pre'cis  exact  des  révolutions  ' 
de  Saint-Domingue,  défaire  connaître  cette 
île  sous  plusieurs  points  de  vue  diffërens  ; 
sa  de'cQUverle  ,  sa  topographie  ,  et  son  his- 
toire. 

C'est  à  Christophe  Colomb  qu'on  est  re- 
devable de  sa  de'couverte  ;  il  l'aperçutpour 
la  première  fois  en  1492.  Elle  était  habite'e 
par  une  nation  dont  la  douceur  des  mœurs 
rejetait  cette  énergie,  pour  ne  pas  dire  fé- 
rocité ,  et  cette  activité  si  naturelle  aux 
peuples  du  nord.  Saint-Domingue  était 
partagé  en  cinq  états  indépendans  ,  dont 
chacun  était  gouverné  par  un  cacique  :  ces 
cimj  caciques  avaient  des  autres  subordon- 
nés qui  les  suppléaient  dans  leurs  fonctions. 
Une  partie  de  l'ile  s'appelait  Haïti  ;  elle  fut 
aoinmée  par   Colomb,  Hispaniola  ^    ou 

A  2 


(4) 

petite  Espagne.  La  denominatfon  de  Saint- 
Domingue  lui  fut  donnée  par  les  Français, 
du  nom  de  sa  capitale. 
/  Des  aventuriers  français  ,  anglais ,  allo- 
mands ,  etc.,  aussi  audacieux  qu'intre'pi- 
des  ,  connus  sous  le  nom  de  Flibustiers  et 
de  Boucaniers,  furent  le  premier  nojau  de 
la  population  française  à  Saint-Domingue. 

L'île  Saint-Domingne  s'étend  du  71e  au 
77^  degré  de  longitude,  et  du  18^'  au  2o« 
de  latitude.  Sa  longueur  est ,  du  levant  au 
couchant,  de  160  lieues  ;  sa  largeur  moven- 
ne  de  5o  ,  son  circuit  de  56o  ,  et  de  "^600 
en  faisant  le  tour  des  anses.  Elle  était  par- 
tagée entre  les  Français  et  les  Espagnols  * 
mais  ceux-ci  possèdent  la  portion  la  plus 
étendue;  négligeant  les  cultures,  leur 
principale  richesse  est  dans  de  nombreux 
troupeaux,  dont  ils  font  un  commerce 
très-lucratifavec  leurs  voisins. 

La  partie  française  était  divisée  en  trois 
provinces;  celles  du  nord,  de  l'ouest,  et  du 
sud.  La  rivière  du  Massacre  séparait ,  au 
Hord  de  l'ile,  les  possessious  des  deuspuis- 


(  5  ) 
«accès.  EnlreceUerivière  et  la  vilîe  au  Cap, 
sont  les  quartiers  et  villes  ou  bourgs  d'Ona- 
«amjnthe,  du  fort  Dauphin  ,  de  Limona- 
de  ,  du  Trou  ,  du  Morin  ,  de  la  plaiue  du 
^ord  ,  de  la  Grande-Rivière  ,  de  la  Souf- 
fnere,duDondon,  de  la  Pelile-Anse,  et 
de  la  Marmelade. 

Entre  le  Cap  et  la  ville  de  Port-de^Pa^x  , 
«eparee  de  l'île  de  la  Tortue  p.r  un  canaî , 
oii  voit  les  quartiers  de  l'Acul ,  du  Port- 
Margot,  du  Limbe,  de  Sainte-Anne,  da 
Borgne,  de  Plaisance,  et  du  Gros. 
Morne. 

Sur  le  rivage  septentrional,  on  dislingue 
abaiedexMoustique,lapointeetlequar- 
t'^r  de  Jean  Rabel ,  le  môle  Saint-Nicolas, 
et   a  colonie  allemande  de  Bombarde:   au 
sud-es|  du  môle  sont   la  baie  et  les  quar- 
tiers   des    Gonaïves,de   l'Artibonile  ,   de 
Saint-Marc,  des  Vases,  de  Mont.Louis, 
de    I  Archaïe  ,    de    Boucas^in .    du   Port- 
^u-Pnnce,    du    CuKde-sac   de  la    Croix- 
des-Bouqupts  ,  des  grands  Bois  ,   des  Ve- 
rettes,   du   Mireî>aiais  ,  du  Tapion  ,  de  la 
i'eli te- Rivière  et  du  Petit-Fond. 

AS 


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I 

É 


(  6  ) 

Le  Port-au-Prince  (i)  est  situe'  au  fond 
^'un  golfe.  Sur  la  cèle  sont  les  quartiers 
du  Lamantin  ,  de  Léogane  ,  au  grand  et 
petit  Goave  ,  de  Nipes,  de  Miragoane,  des 
Baradaires  ,  des  Caïniites  et  de  la  Grande- 
Anse,  dont  le  cbef-îieu  e'iait  Jere'mie. 

La  province  du  sud  comprend  les  quar- 
tiers de  Tiburon  ,  de  l'anse  des  Anglais,  des 
coteaux,  du  Port-à -Piment, du  Port-Salut^ 
de  la  pointe  d'Abacou ,  de  Torbec ,  des 
Cajes  ,  du  Fond  ,  de  Cavailion ,  de  Saint- 
Louis,  de  Bcuet,  d'Acquin,  de  Jacquemel, 
du  Sale-Trou  et  des  anses  à  Pitre. 

La  population  de  la  partie  française  de 
Saint-Domingue  se  montait,  en  1789,3450 
et  quelques  mille  noirs  ,  et  60,000  blancs, 
y  compris  les  femmes  et  les  enfaus.  Indé- 
pendamment des  populations  blanche  et 
noire,  il  en  existait  une  troisième  composée 
de  tous  les  nègres,  mulâtres,  ou  quarterons 


(i)  Le  Port-au-Prince  était  autrefois   la  capi- 
tale de  toute   la  partie  française ,  et  le  siège  ds 

gouvernemenl. 


(  7  ) 
libres  ,  formant  alors  «nr  classe   intermé- 
diaire ^csigtiée  sous  le  tîom  àliommes  de 
touleur. 

Sainl-Dominsrue  était  alors  administpë 
par  un  gouverneur  général  et  vtn  inîendanf, 
nommés  par  le  roi^  et  dépositaires  de  sou 
autorité.  Outre  ces  deux  ofHcierson  magis-- 
trats  supérieurs,  qni  avaient  sous  eux  un 
grand  nombre  de  subalternes  ,  qui  les  re- 
présentaiem  dans  les  villes  et  dans  les  com- 
munes, il  existait  er)Core  un  contrôleur 
de  la  marine,  spécialement  chargé  de  la 
surveillance  de  l'emploi  des  derniers  du  fisc^ 
et  dont  le  consentement  et  la  signature 
étaient  indispensables  pour  toutes  les  dé» 
penses  au  compte  de  TElat.  îl  y  avait  en 
outre  une  représentation  coloniale,  qui 
était  appelée  auprès  des  cbefs  du  gouverne^ 
ment,  toutes  les  fois  qu'il  s'agissait  d'asseoir 
et  de  répartir  l'impôt,  et  des  tribunaux, 
pour  administrer  la  justice. 

Nous  n'examinerons  point  ici  si  les  pou- 
voirs adîninistralifs  et  judiciaires,  sans  se 
froisser  alternativenient,   agissaient  dan^ 

A4 


«laaac-ii—n  i  t,i 


(B) 
une  parfaite  harmonie  ,  et  si  la  somme  des 
abus  ne  l'emportait  pas  sur  celle  du  bien. 
La  tâche  que  nous  nous  sommes  imposée, 
est  celle  de  retracer  les  faits  d'une  rëvolul 
tion  dont  le  result;jt,  pour  la  France,  a  été 
la  perte  d'une  colonie  dont  elle  retirait  les 
plus  grands  avantages. 


1 


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V«!S 


^ess^UBSsofm 


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SOMxMAIRE. 


WWWVIV 


Préface. —Descnpiion  de  Hle  âe  Saint -Do- 
niingue.— Premiers  inaibies  du  Cap.  — Divi- 
sions intestines.—  In«urrections  des  mulâtres.  -^ 
Supplice  d'Ogé.  -  Arrivée  d  une  station  fran- 
çaise au  Port.au-Priuce.  —  As.^assinât  de  M.  Je 
chevalier  de  Mauduiî.-M.  de  BJanchelandenom- 
mé  gouvrrneur-genéral  de  Saint-Doœingue. — 
Assemblée  coloniaie.  ~  Révolte  des  esclaves.  — 
Divisions  entre  'e  gouvernement  et  l'assemblée 
coloniale.  —  Trouhîes  au  Port-au-Prince,  — 
Incendie  de  cette  ville  ~  Attentats  commis  par 
les  hommes  de  couleur.  —Campagne  du  Limbe 
et  de  l'Acul.  —Mort  du  chef  nè^re  Oouk- 
msn.  — Arrivée  mu  Cap  de  MM.  de  Mirbeck, 

Boume  et  Saint-Léger,  cmmissaiîes  du  Roi 

Leur  entrevue  avec  le  citef  nègre  Jean-Fran- 
çois, -f  Journée  du  27  mars.  —  Déportation  de 
tous  }ës  officiirs  de  la  garnison  du  Poit-au- 
Princc.  —  Troubles  dans  la  ville  du  Cap.  — 
Désastres  de  la  province  du  Sud.  —  M.  d'Es- 
parbès,  nommé  gouverneur -générai  de  Saint- 
Domingue,  h  la  place  de  M.  de  Blanchclande.  — 
Arrivée  au  Cap,  des  commissciires  Sanlhoaax,- 
Ailbgud    et     Polverel.  —  Établi.srment    à\m. 

A5 


R<£>ai4&3BQa 


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elub.  Arrivée  de  M.  de  Rochambcau  auCàp. — 
Journée  du  19  ociobre.  —  Révolutioti  totale 
dans  l'administration  de  la  colonie.  —  Desti- 
tution de  tous  les  fonctionnaires  publics.  — 
M.  de  Rocbanibeau  attaque  les  révoltés  au  fort 
Dauphin.  —  Journée  du  2  décembre.  —  Con- 
duite des  commissaires  civils.  —  Expédition  de 
la  Grande-Rivière.  —  Prise  du  fort  de  la  Tan- 
nerie. —  Nouveaux  succès  des  blancs.  —  Les 
commissaires  Santhonax  et  Foîverel  arment 
contre  le  Port-au-Prince.  —  Défaite  des  mu- 
lâtres à  Jércniie.  —  Déportation  d'un  grand 
nombre  d  habitans  du  Port  -  au  -  Prince.  — 
Victoire  remportée  sur  les  mulâtres,  h  la  Grande - 
Anse.  —  Arrivée  au  cap  du  nouveau  gouveraeur 
général  G&îbaud.  —  Machinations  infernales  de 
^Santhonax  et  Polverel.  —  Destitution  de  Gal- 
baud  et  de  son  frère.  —  Prétentions  des  mu- 
lâtres. —  Le  gouverneur  général  se  met  à  la 
tète  d'une  insurrection.  —  Combat  dans  le» 
rues  du  Cnp.  —  Inciindic  de  cette  viHe.  —  Les 
blancs,  obligés  de  fuir  de  Saint-Domingue,  et 
de  se  retirer  aux  Etats-Unis.  —  Proclamation  d« 
la  liberté  des  noirs,  par  Sanibonax  et  PoîvereU 


Sti3ï«5il«l 


RÉVOLUTIONS    ' 


DE 


SAIN  T-D  O  M  I  N  G  U  E, 


uvwvwvwv 


AiNT-DoMiNGUE^  a»  Commencement  de 
ïjSç),  maigre  les  rivalités  de  son  gouver- 
nenr-geiiëral  et  de  son  intendant ,  et  les  ja- 
lousies si  naturelles  aux  liofijmc^  en  place 
(jiii  la  goiivernaienl^  jouissait  de  la  tranquil- 
lité', lorsqu'un  navire  de  Nantes,  débarque- 
dans  l'un  de  ses  ports  ,  au  mois  d'octobre 
de  la  même  année,  apporta  la  nouvelle  de 
la  révolution  cjui  venait  de  s'ope'rer  en 
France,  et  de  la  prise  de  la  Bash'lle.  Cette 
Bouveile  développa  à  l'instant  le  fermenjfe; 
re'voiutionnaire  qui  e'tait,  pour  ainsi  dire  ^ 
comprime  sous  le  despotisme  des  agens 
du  gouvernement  ;  la  cocarde  fut  ar— 
bore'e ,  et  d^s  actes  de  violence  furenfe 
cxerce's  contre  des  individus  qui  n'avaienÈ 
point  pris  ce  signe  de  ralliement.  Comme 
en  Franco  ,  on  déclama  ouvertemenÇ. 
contre  les  privilèges,  les  préjugés  et  le 
despotisme  des  colons^  on  parla  haute- 
ment de  liberté'  devant  des  esclaves  , 
ne  demandaient  q^.i'i  Lris^r  leurs  fers^ 


m 


^^ASWjbiK2a 


(    Î2    ) 

Bierilol après  des  representaus  cle  Saint- 
Domingue  farent  admis  aux  etats-gene'- 
raux  ,  et  des  cahiers  de  doléances  furent 
rédiges   et  apportes  par  ces  nouveaux  ëlus. 

Cependant  ,  une  inquiétude  sourde  agi- 
tait tous  les  esprits.  Les  inlrigans  qui  ne 
respirent  que  les  troubles  et  les  divisions  , 
essayaient  de  jeter  dans  toutes  les  villes 
de  la  colonie  les  brandons  de  la  discorde  ; 
leurs  tentatives  malheureusement  re'us- 
sirent.  Plusieurs  colons  du  Cap  furent  obli- 
ges de^  se  cacher  ou  de  fuir  ,  et  même  un 
d'eux  fut  assassine  aux  Cajes,  sous  prétexte 
qu'il  appujajt  les  prétentions  des  hommes 
de  couleur. 

M.  de  Marbois  ,  qui  résidait  au  Port-au- 
Prince  ,  informé  de  ce  qui  se  passait  au 
Cap  ,  crut  prudent  de  s'embarquer  pour 
ïa  France;  et  M.  de  la  Mardelle,  procureur 
général  ,  alla  se  réfugier  sur  une  habita- 
tion au  Cu!-de-sac. 

Au  Cap^  commeauPort-au-Prince,  l'in- 
surrection prit  un  caractère  alarmant  , 
des  comités  avaient  été  formés.  Des  dé- 
putés nommés  par  les  paroisses  réunies  à  * 
Samt-Marc  ,  prirent  la  dénomination  d'aâ- 
semblée  de  la  partie  française  de  Saint-Do- 
îningue.  Les  prétentions  que  cette  assem- 
blée affichait  causèrent  sa  perte  :  85  de  ses 
membres  partirent  pour  la  France. 

L'assemblée  nationale  de  France  n'eut  pas 


(  i3  ) 
plutôt  proclamé  les  Droits  de  Thomme 
que  les  mulâtres  commencèrent  à  s'insur- 
ger. Dans  la  nuit  du  28  au  29  octobre  1790, 
trois  cents  d'entre  eux  descendirent  des  hau- 
teurs de  la  Grande-Rivière  ,  et  parcoururent 
successivement  toutes  les  habitations  des 
blancs  j  qui  furent  injuriés  et  desarmés,  et 
l'un  d'eux  fut  massacré.  A  leur  tête  était  un 
mulâtre  nommé  Ogé  ,  qui  avait  pris  le  nom 
de  colonel-général.  Cetteiîisurrectionn'eut 
pas  de  suites  j  car  son  chef  et  un  nommé 
Chavannes  son  adjoint  sjAi.l  été  pris  ,  ex- 
pièrent leurs  crimes  sur  la  roue  ,  et  dix* 
neuf  de  leurs  complices  furent  pendu^. 

Le  feu  de  la  révolte  ne  se  borna  pas  à  la 
province  du  nord.  Au  Mirebalais  ,  il  j  eut 
des  rassemblemens  nombreux  d'hommes  de 
couleur,  et  dans  la  province  du  sud  des 
attroupemens  qui  furont  dissipés  par  M. 
Mauduit ,  colonel  du  régiment  du  Port-au- 
Prince. 

Les  décrets  de  rassemblée  constituante 
de  France  n'ajant  pu  parvenir  à  faire  roi?- 
trer  dans  l'ordre  les  espriti  des  iirsnrg'és 
et  favoriser  les  intentions  pacifiques  des  as- 
semblées provinciales  ,  des  troupes  furent 
embarquées  pour  la  colonie  ;  la  station 
arrivée  au  Port-au-Prince  ,  agitée  et  pous- 
563  par  les  factieux  qui ,  dans  tous  les  quar- 
tiers delà  ville,  avaient  déjà  fait  entendre  les 
irjoîs  de  régénération  et  de  //^6^/te',se  meten 


Kfiss-ii:^]»» 


(      I4      )  ^ 

îrebelKon  ouverte.  Les  froupe&  cléscencfent 
à  terre  et  viennent  par  leur  pre'sence  aug- 
menter le  tumulte  et  le  desordre:  le  peuple 
court  aux  armes  j  le  régiment  du  Porl-au- 
Frince  abandonne  son  colonel,  qui  fut  mas- 
sacre par  les  séditieux  ,  le  4  mars  1791. 

Ces  meurtres  et  ces  assassinats  n'étaient 
que  le  prélude  des  crimes  et  des  horreurs 
qui  devaient  souiller  le  territoire  de  Saint- 
Domingue.  Le  2,0  août  1791  ,  la  re'volte 
des  noifs  e'cinta  sur  mie  habitation  nom- 
me'e  la  Gosseitc  ,  par  l'assassinat  du  ge'rant 
nomme  Mossul.  A  l'Acul  ,  une  bande  de 
ces  mise'rables  avant  à  leur  tête  Boukman  ^ 
se  répandit  comme  un  torrent  dans  cette 
paroisse.  Ce  nègre  ,  dont  l'ame  cruelle  ne 
respirait  que  le  sang  ,  la  to-rche  d'une  maiiS' 
et  le  poignard  de  l'autre,  massacra  impi- 
toj'abîemcnt  tous  les  blancs  échappe's  à  la 
fureur  des  flai-nnes.  Son  maître  lui-même 
fut  égorgé  sans  miséricorde  dans  les  bras 
de  sa  femme  éplorée  ,  qui  fit  de  vains  ef- 
forts pour  le  soustraire  à  la  vengeance  de 
ces  cannibales. 

Malgré  les  mesures  vigoureuses  qu'on 
prit  au  Cap  pour  arrêter  le  de'bordemeut 
de  ces  furieux  ,  dans  la  nuit  du  mardi  au 
mercredi  25  août ,  ils  se  portèrent  sur  la 
Petite-Anse  ;  leur  rage  s'exerça  sur  l'habita- 
tion Choiseul,  où  ils  mirent  le  feu  et  brà- 
îèrentuîi nègre  domestit|;Ue.  Delà,  passasè 


(  i5  ) 

Sur  celle  des  Pères  de  la  Chante ,  ils  inceiî- 
dierent  les  cases  à  Bagisse,  et  massacrèrent 
sans  pilie  le  gérant;  d'autres  habitations 
furent  livre'es  aux  mêmes  horreurs. 

Enhardis  par  leurs  succès  ,  ces  nègres 
rendus  plus  (eroces  parles  excès  du  vin  et 
des  liqueurs  spiritueuses  ,  s'avancèrent  vers 
le  haut  du  Cap  où  ils  furent  arrêtes  par  le 
canon  ;  ce  qui  ne  les^  empêcha  pas  de 
porter  le  fer  et  la  flamme  dans  diveri^s  Ita- 
Mtations  ,  et  dans  les  paroisses  de  l'Acul , 
de  la  plaine  du  Nord  et  de  la  Petite-Anse  , 
qui  n'ofFrireiU  bientôt  plus  aux  regards 
épouvantes  qu'un  monceau    de  cendres. 

Il  est  difficile  de  se  figurer  les  troubles  , 
la  de'solation  ,  les  dévastations  et  les  incen- 
dies qui  marquèrent  les  pas  de  ces  brigands. 
On  n'était  encore  qu'au  4e  jour  de  la  ré- 
volte, et  déjà  tous  les  blancs  de  dix  paroisses 
dépendantes  du  Cap  ,  étaient  ou  égorges 
ou  mis  en  fuite  j  la  flamme  avait  dévore 
plus  de  cent  sucreries;  le  Cap  étaitnienacé 
du  même  sort.  Un  détachement  de  troupes 
sorti  de  celte  ville  ,  atteignit  les  incen- 
diaires et  les  massacreurs  de TA'cul ,  elles 
poussant  vers  la  baie  ,  les  enveloppa  entiè- 
rement. C'ëtaif  le  moment  opportun  d'exer- 
cer une  vengeance  terrible  contre  ces  nè- 
gies  devasl;<leurs  ;  on  ne  le  tit  point,  el 
en  s'en  repenîit. 

11  eût  clé  facile  d'arrêter  ee  fiëau  deslrue* 


S'.^'^ms.iaeai 


leur,  si  les  nssemblees  coloniale  et  provin- 
ciale ,  qui  tenaient  leurs  se'ances  au  Cap  , 
et  qui  n'àuraienl  pas  dû  être  dissidente* 
d'opinions  ,  eussent  pris  des  mesures  vigou- 
reuses j  mais  il  est  une  fatalité' attachée  à 
toutes  les  assemblées  :  c'est  de  parler  beau- 
coup lorsqu'il  faudrait  agtr.  Les  mulâtres  , 
au  contraire,  parlaient  peu  ei  agissaient 
beaucoup.  Tanclisi  qu'on  pe'rorait  au  Cap  , 
les  rëvolle's  enivres  de  leurs  premiers  .suc- 
cès ,  continuaient  leurs  ravages,  et  atta- 
quaient nuit  et  jour  les  postes  avances  du 
haut  Cap,  et  de  ia  Pelite-Anse;  les  troupes 
étaient  harassées  à  repousser  ces  attaques 
partielles  qui  devenaient  toujours  funestes 
à  l'un  ou  l'autre  parti. 

Dans  cet  état  des  choses  ,  et  au  milifa 
du  trouble  et  des  craintes  qui  agitaient 
tous  les  esprits  au  Cap  ,  ilauraii,  fallu  adop- 
ter des  mesures  propres  à  sauver  Saint- 
Domingue.  Mais  l'irresolulion  de  toutes  !e5 
autorit  s  ne  laissait  aucun  espoir  de  sortir 
d'une  crise  aussi  violente  :  au  milieu  ds 
l'accablement  gëue'ral  qui  paraissait ,  pour 
ainsi  dire  ,  l'asserablëe  provinciale  ,  un 
particulier  fit  cnteflil  re  sa  voix ,  et  s'expritua 
de  la  manière  suivante  : 

«  Depuis  cinq  jours  c^ue  les  révoltes 
«  incendient  nos  propriétés  et  massacrant 
«  nos  frères  ,  je  ne  vois  pas  q»s'ou  s'occupe 
«  de  venger  les  uns  ,    ni  de  punir  les  au- 


isaBa@SËBaEu>!»Hi 


^  (  17  ) 
et  Ifes.  Je  connais  aussi  bien  que  personne 
«  le  danger  de  notre  position  et  la  faiblesse 
«  de  nos  moyens  ;  je  sens  comme  vous  la 
(c  nécessite  de  conserver  la  ville  ^  je  n'i- 
«  gnore  pas  qu'une  craînte  juste  etsalu- 
«  taire  nous  a  jusqu'ici  empêches  d'en 
«  sortir  j  mais  on  peut  faire  cesser  cette 
«  crainte.  Que  dès  demain  un  ordre  au- 
«  quel  on  ne  pourra  se  soustraire,  oblige 
«  de  remettre  tous  les  nègnes  mâles  à  un 
«  corjjs  de  troupe  ^  sous  l'escorte  duquel 
u  ils  seront  conduits  à  bord  d'un  nombre 
«  de  bâtimens  suffisant  pour  les  contenir; 
«  que  ces  bâtimens  soient  places  sous  la 
u  vole'e  de  nos  vaisseaux  de  guerre,  qu'on 
«  pourvoie  à  tous  les  besoins  des  détenus  , 
«  qu'on  les  avertisse  que  cette  sevërile' 
«n'est  qu'une  mesure  de  précaution  ,  qui 
«  cessera  dès  qu'elle  ne  sera  plus  neces- 
«  saire.  Une  fois  tranquilles  sur  le  sort  de 
«  la  ville  ,  de  nos  femmes  et  de  nos  enfans, 
u  marchons  aux  re'vollës  j  que  la  terreur 
«  et  la  mort  nous  précèdent,  et  jurons  de 
«  ne  rentrer  que  lorsqu'ils  serontsoumis  , 
«  ou  qu'ils  auront  été  extermines  I 

Ce  discours  dans  lequel  les  avis  les  plus 
sages  et  les  plans  les  mieux  combines 
étaient  développes  ,  ne  fit  aucune  sensation 
sur  les  assemblées  coloniale  et  provinciale. 
Après  avoir  exige  de  M.  de  Blanchelande  , 
gouverneur  de  Saint-ï)omingue,  de  donner 


B?.'SW3 


\  (  i8  ) 
tens  ses  soins  à  la  sûreté  de  la  ville  ,  oti 
arrêta  la  formation  de  trois  regimens  de 
f^arde  soldée  ,  on  établit  une  comrnissior 
prëvôîale  ^  on  augmenta  les  droits  d'octroi 
et  on  fit  plusieurs  autres  re'glcmens  ,  qui 
ne  sauvèrent  point  le  chose  publique. 

Cependant  ,  au  milieu  de  toutes  ces 
délibérations,  les  ravages  et  les  incendies 
des  habitations  avaient  toujours  lieu.  La 
fureur  des  brigands  se  raUentit  néanmoins 
un  instant  après  l'incendie  du  quariiei 
Morin  et  de  Limonade  ,  mais  ce  ne  fut  que 
pour  s'accroître  et  prendre  de  nouvelles 
forces.  Tous  les  efforts  qu'on  opposait  au5 
révoltes,  n'avaient  contribue' qu'à  les  aguer- 
rir. Pour  venger  leurs  pertes  ,  ils  massa- 
craient les  blancs  prisonniers  ,  et  incen- 
diaient les  bâtimens  encore  existans  sur  le; 
habitations.  D'ailleurs  on  ne  pouvait  obte 
nir  de  succès  décisifs  ,  parce  qu'ils  avaien 
toujours  la  ressource  de  1a  fuite  dansle; 
montagnes. 

Un  nègre  nomme  Jeannot ,  se  signala  î 
cette  e'poqne  par  sa  cruauté'  et  sa  férocité' 
Chasse  de  l'habitation  Bullet  où  il  s'etai' 
cantonne  avec  sa  troupe  ,  il  mit  à  feu  et  ; 
sang  tous  les  endroits  par  où  il  fuvait.  L» 
sang  même  des  nègres  ue  fut  point  e'par 
gne,  et  il  e'gorgea  de  sa  propre  main  60  pri- 
sonniers blancs.  Un  habitant  de  la  Graude 
Rivière  fut  aussi  massacre  avec  ses  huitea^ 


■HP 


SiS@ëS3Sji^1 


fans.  Un  négfe  qui  était  son  parent  et  son 
»rni ,  et  devenu  son  postillon  ,  pour  n'avoir 
pas  attendu  ses  ordres  pourdételer  des  che^ 
vaux,  fut  tue  d'un  coup  de  pistolet  par 
ce  monstre  avec  le  plus  grand  calme. 

L'assemblée  coloniale  avait  envoyé  à  la 
Jamaïque  deux  commissaires  pour  obtenir 
des  secours.  Ces  secours  se  réduisirent  à 
un  vaisseau  de  5o  canons  ,  qui  établit  sa 
croisière  sur  la  côte  de  l'ouest,  et  à  trois 
frégates  anglaises  qui  vinrent  mouiller  au 
Cap  ,  ayant  à  bord  5oo  fusils  et  quelques 
munitions  de  guerre  et  de  bouche.  Deux 
rëgimens  avaient  e'ie  promis  ,  et  ne  furent 
point  envoyés.  Les  Anglais  étaient  trop 
intéressés  à  la  perte  de  nos  colonies,  pour 
nous  donner  des  secours  réels. 

Cette  même  assemblée  avait  fait  des  dé- 
marches auprès  du  président  de  Santo- 
l>ommgo.  Les  HTspagnols  ,  qui  étaient  aussi 
bien  disposés  que  les  Anglais,  firent  aux 
commissaires  une  réponse  équivoque,  qui 
ne  permit  pas  de  compter  su^reux. 

Dans  cette  position  critique  de  l'assem- 
blée coloniale,  le  feu  de  la  révolte  qui 
avait  paru  s'assoupir,  se  ralluma  de  nou- 
veau. Les  nègres  recommencèrent  leurs 
excursions.  Le  féroce  Jennnot,  poursui- 
vant le  cours  tle  ses  horribles  succès, 
envahit  successivement  la  paroisse  du 
Dofidon  el  le  quartier  de  Sans-Souci,  où 


•^ 


i 


(  ^o  ) 
il  fit  brûler  les  liabilations   et  massacrer 
les  habitans. 

A  l'ouest  et  au  sud,  les  mulâfres,  toujours 
rassernble's  et  eu  armes  y  menaçaieut  de  se 
porter  aux  dernières  extrêsriiles.  La  divi- 
sion qui  existait  entre  les  agens  du  gou- 
vernement et  l'assetnble'o  coloniaie,  en- 
tre les  colons  et  les,  amis  des  mulâtres  , 
s'opposa  à  ce  cpi'on  pût  prendre  des 
précautions  contre  le  torrent  prêt  à  se 
déborder.  Il  fallut  donc  recourir  aux 
voies  de  conciliation  ,  et  un  concordaf  fut 
signe'  par  le?  mulâtres,  d'tirie  part,  à  la 
Crois  des-Bouqnots  avec  plusietirs  com- 
munes; concordat  favorable  aux  hom- 
mes de  couleur  et  humiliant  pour  la 
classe  blanche  :  concordat  qui  fut  ratifié 
même  avec  des  conditlofis  encore  pics 
avantageuses,  par  l'assemblée  du  Port-au- 
Prince.  L'égalité  entre  les  deux  castes  ea 
faisait  la  base  ,  et  la  dissolution  de  rassem- 
blée coloniale  en  était  la  prernière  condition. 
Ce  traité  fut  conclu  le  7  septembre  «791. 

On  ne  doit  pas  dissimuler  que  les  dé- 
crets de  l'assemblée  constituante  et  ceux 
de  l'assemblée  législative  relatifs  à  Saint- 
Domingne  ,  et  rcndi-.s  d'après  l'esprit  des 
différent  partis  qui  ^  divisant  ces  assem- 
blées, ignoraient  absolument  à  cette  épo- 
que le  véritable  éla«  de  Saint  Domingue  , 
contribuèrent    beaucoup    à    y    entretenir 


.iOMM 


dîSBSsmmrju 


(  21   ) 
le  feu  de  îa  revo'te,   ol  o  flîviser  les   co- 
loris sur  leurs  propres  iriiorôls. 

Le  calme  un  moment  rr'tnb!)  par  le  con- 
cordat passe'  au  Port-au-Priiice  ,  accrut  en- 
core la  mesintcîîigence  enlre  l'assemble'e 
coloniale  et  le  gouvernement.  M.  de  Blan- 
chelande  n'avait  point  la  (ête  assez  forte 
pour  résister  aux  pre'teutioriS  de  l'assem- 
ble'e,  et  à  celles  des  factieux  qui  ne  cher- 
Icbaîenl  qu'à  semer  le  troubleet  la  division; 
en  outre,  ses  disposilionsmililaires  n'e'taient 
■  pas  faites  pour  lui  mériter  la  confiance 
Ipublique,  rt  sa  conduite  dans  l'attaque 
Ides  camps  Galiffet  et  d'Agout  sembla,  pour 
ainsi  dire  ,  prouver  qu'il  s'entendait  avec 
les  nègres  ,  pour  brûler  les  habitations  ap- 
partenantes à  des  blancs. 

llscmblait  qu'un  esprit  de  vertige  avait 
tourne  toutes  les  têtes.  L'assemblée  colo- 
r.iale  tint  une  séance  extraordinaire,  oii 
l'exage'ralion  des  principes  démagogiques  , 
elles  sourdes  menées  de  l'intrigue  triom- 
phèrent des  sages  conseils  de  la  prudence 
et  de  la  bonne  foi. 

Après  avoir  vainement  implore'  l'assis- 
tance des  Anglais  et  des  Espagnols  ,  ras- 
semblée coloniale  du  Cap  prit  le  parti  de 
s'adresser  aux  autres  colonies  françaises 
pour  obtenir  des  secours.  En  conscc[uence'^ 
vn  aviso  fut  expédie  à  la  Martinique;  mais 
cet  avis  arriva  trop  tard.    Le  gouverneur 


.(    22    ) 

de  cette  île  venait  de  renvoyer  deux  ou 
trois  bataillons  et  autant  de  compagnies 
d  artilleurs,  n'ajant  garde  auprès  de  lui 
que  le  nombre  de  troupes  indispensable 
pour  la  sûreté  et  la  tranquiliifé  de  la  colo- 
nie. Cependant,  il  fit  partir  pour  St.-Do- 
nvnejue  le  vaisseau  VÉole  et  la  frégate  la 
Didon,  soos  les  ordres  de  MM.  Girardia 
et  \  îllevielle.  Les  commandans  de  ces  bâ- 
timens,  à  leur  arrivée,  devinrent  suspects: 
1  insurrection  se  manifesta  sur  la  frégate  , 
et  le  plus  grand  tunanîte  régna  dans  la  ville! 
Les  deux  commandans  furent  destitués, 
et  M.  Girardin  fut  obligé,  peu  de  jours 
après,  départir  pour  la  France. 

De  nouveaux  troubles  survinrent  aa 
Port-au-Prince.  La  division  qui  subsistait 
toujours  entre  les  blancs,  les  mulâtres 
et  les  hommes  de  couleur  ,  amena  de 
nouvelles  scènes  d'horreur.  Un  violent  in- 
cendie éclata  tout-à-coup  aa  èentre  de  la 
ville  à  la  suite  d'un  combat  qui  força  les 
mulâtres  d'en  sortir.  Cet  l'ncendie  qui  dura 
24  heures ,  et  qui  consuma  la  moitié  de  la 
ville  ,  fut  attribué  aux  gens  de  couleur,  et 

ensuiîeauxnégocians  qui,  dit-on,  dans  le  dé- 
rangemerat  de  leurs  affaires,  pour  éluder  la 
rigueur  des  lois  ,  avaient  cru  cet  expédient 
propre  à  les  libérer  envers  leur  créancieri. 
Sous  le  prétexte  de  poursuivre  les  mulâ- 
ta-es  postés  à  la  Croix-des  Bouquet*,  l«a 


■^axfiiLyù% 


ïïSgçsassa^wa 


,  (  25  ) 
prétendus  patriotes  et  les  plus  factieux  des 
bataillons  d'Artois  et  de  Normandie,  firent 
dans  cette  paroisse  une  excursion  ,  d{ins 
laquelle  ils  pillèrent  et  saccagèrent  plu- 
sieurs habitations. 

Les  attentats  des  mulâtres  ne  furent  pas 
moins  violens;  40  blancs  furent  assassinés 
par  eux  dans  un  fort;  on  en  trouva  un 
f^rand  nomdre  d'égorgés  sur  les  chemins. 
Une  femme  de  Jérém'ie,  enceinte  de  six 
mois  ,  fut  massacrée  par  ces  forcenés  qui  , 
après  avoir  mutilé  son  corps,  écrasèrent 
entre  dêux  pierres  l'enfant  qu'elle  portait 
dans  son  sein.  Un  des  ces  monstres  ,  arra- 
chait avec  un  tire-bouchon  rougi  au  feu 
lesjeux  des  blancs  qui  tombaient  maiheul 
reusement  entre  ses  mains. 

Au  mois  de  novembre  1 791 ,  M.  de  Blan- 
chelaride  entreprit  une  expédiîion  contre 
les  nègres  révoltés.  Secondé  des  gardes 
nationales  et  des  mulâtres  de  la  province 
du  Nord  qui  se  trouvaient  au  Cap  ,  il  fit  par- 
tir 600  hommes  pour  le  Port-Margot ,  et 
deux  jours  après  ,  une  force  égale  pour 
l'Acul.  Le  commandant  du  Port-de-Paix 
s'avança  en  même  tems  vers  Plaisance,  à 
la  tête  d'un  détachement.  Celte  expédition, 
bien  concertée,  eut  le  succès  qu'on  devait  en 
attendre.  Les  nègres  attaqués  sur  plusieurs 
points,  furent  battus  partout.  Le  poste 
Alquier  fortifié  par  des  rouan  c  h  cm  en  s  et 


i 


Sx 


^    ^    (  24  )    ^ 

garni  d'artillerie,  fut  emporte  de  vive  force, 
et  60  prisonniers  blancs  etitasse's  daos  une 
e'glise  derrière  ceposle,  furent  soustraits 
à  la  rage  des  nègres  qui  les  auraieut  mas- 
sacre's  sans  pitié.  On  se  rendit  maître  en 
inêmetems  du  Limbe',  et  du  carap-Lecoq, 
situe'  au  bas  des  montagnes  de  celte  pa- 
roisse. Cette  journe'e  fut  termine'e  glorieu- 
sement parla  mort  de  Boukman ,  l'un  des 
chefs  les  plus  sanguinaires  de  lare'volte,  qui 
fut  tue'  d'un  coup  de  pistolet  à  bout  portant 
par  un  dragon. 

A  cette  époque,  le  28  novembre  1 791 , 
MM.  de  Mirbeck,  de  Saint-Le'ger  et  Rou- 
nie,  nommés  par  le  Roi  et  agréés  de  l'as- 
semblée nationale  pour  aller  rétablir  l'or- 
dre et  la  tranquillité  à  Saint-Domingue, 
arrivèrent  au  Cap,  sur  la  frégate  la  Gala- 
tee.  La  chose  n'était  pas  facilej  l'assem- 
blée coloniale  qui  voyait  que  la  commis- 
sion civile  agissait  avec  circonspection, 
Xont  en  appuyant  les  mesures  du  gouver- 
nement, chercha  à  l'entraver.  Les  factieux 
dont  cette  même  commission  déroutait  les 
intrigues  et  les  complots,  s'agitèrent  en 
tous  les  sens  pour  contrarier  ses  vues,  et 
s'opposer  au  bien  qu'elle  aurait  pu  faire. 

Quoi  qu'il  en  soit,  lorsque  les  révoltés 
eurent  appris  l'arrivée  de  la  commission 
civile,  ils  renouvellèrent  les  propositions 

qu'ils 


 


(25) 

qu'ils    avaient    faites   à  l'assemblée  celo- 
niale    ,    qui  les  avait   rejeîées.    On    avait 
appris  que  Jeannot  qui  s'était  signale    par 
des  cruautës  inouies  ,  avait   ële  fusille  par 
ordre  de   Jean-François,   autre  chef   de 
nègres  j    et   que   ce    dernier  ,    las     d'une 
fîuerre  qui  ne  pouvoit  que  se  prolonger  , 
desirait   la    terminer;   ce  qui  fut  coniirmi 
par  une  lettre  qu'il  adressa  à  la  commission 
civile  ,    dans  laquelle   il  sollicifait  une  eo~ 
trevue  avec  les  commissaires.  Cette  entre- 
vue qui  lui  fut  accordée  ,  eut  lieu  à  l'habi- 
tation  Saint-Michel.  Il  promit  aux  com- 
missaires   de  rétablir  la  tranquillité   dans 
la  province  du  Nord  ,  si  on  lui  assurait  ia 
vie  et  la  liberté.    Ceux-ci  lui    garantirent 
Tune    et   l'autre,   en  lui  donnant  les  plus 
fortes    assurances  que  ,    s'il  tenait  parole 
on  onbherait  le  passé,  et  qu'il  n'aurait  plu* 
désormais  qu'à  se  louer  des  procédés  des 
blancs  à  son  égard.  Ce  chef  se  retira  ensui- 
te vers  les  siens ,  dans  l'intention  d'exécuter 
ce  qu'il  avait  promis  aux  commissaires  ,  et 
pourleurendonnerunepreuve,  ii  renvoya 
le  lendemain  au  Cap  vingt  à    vingt-cing 
prisonniers  blancs.  Biassou,  autre  chef  des 
nègres  ,    et  aussi  puissant  que  Jean-  Fran- 
çois ,    demanda  aussi  une  entrevue  qui  lui 
lut  assignée   pour  le   surlendemain.  Mais 
dans.ée  courtintervallede  tems  ,  les  choses 
changèrent  tout-à-coup  de  face;  l'euireviiâ 
St.^Domingue.  g 


(    26    ) 

n'entpaslieu ,  et  ces  deux  chefs  recommen- 
cèrent leurs  hostilités.  Bicrstot  les  re'voltes 
commandés  par  Jean-François  attaquèrent 
dans  la  nuit  le  poste  d'Oiianamjnte  ,  qui 
défendait  la  riche  plaine  de  Maribaroux. 
L'entréedeceposteleurfut  facilitée  par  les 
les  hommes  de  couleur ,  qui  composaient 
une  partie  de  la  garnison.  L'obscurité  ,  qui 
favorisa  cette  attaque,  fut  la  cause  de  la 
perle  des  blancs  ,  qui  ,  accablés  par  le 
nombre  de  leurs  ennemis  ,  se  réfugièrent 
dans  l'église ,  oii  ils  espéraient  opposer 
queJque  résistance:  vain  espoir  !  ils  j  fu- 
rent poursuivis  et  massacrés  sans  pilié. 

ï)'ar)rès  le  tableau. que  nous  venons  de 
tracerVie  la  situation  déplorable  de  Saint 
Domingue  ,  et  d'après  le  choc  iournalier 
des  factions  qui  ne,  tendaient  qu'à  un 
bouleversement  général  ,  il  restait  peu 
d'espoir  de  sauver  une  colonie  dont  on 
cherchait  à  rompre,  tous  les  liens  avec  la 
métropole.  Cependant,  sur  ces  entrefaites 
arrivèrent  succesivement  à  peu  près  6000 
hommes  de  troupes  envoyées  par  le  gou- 
vernenient  français.  Mais  la  désunion  qui 
régnait  entre  le  g-ouverneur  général,  M. de 
Blanchdande  ,  et  l'assemblée  coloniale  , 
ne  permit  pas  de  tirer  un  parti  avantageux 
de  cette  force  armée  ,  destinée  à  éloufFer 
]a  révolte  dans  le  nord,  et  non  à  faire  la 
gaerre  aux  mulâtres  dans  les  provinces 
Q  i'eueil  et  du  sud. 


^,^^ÊÊÊÊÊlS3mSS!SiiSS^fiiSirt 


(  27  ) 

Bientôt  le  Haiit-Cap  aynnt  e'te  attaque 
par  les  révoltes  ,  Tasscmblee  se  rëtiaiî  aus- 
silôt  dans  la  î-.î:lle  de  ses  séances  :  27  Mars 
179?.  )  ;  l'on  cournl  aux  artiies  ,  i;l  i'oo  se 
répandit  dans  la  ville  en  vociférant  contre 
les  aristocrates  ,  dont  il  fallaii  à  tout  prix  , 
disait-on  ,  se  défaire  ,  avanl  de  marcher 
au  secours  du  ilsut-Cap  , 

Dans  l'assemblée  ,  le  tnmiiUe  el  le  de's or- 
dre e'taient  à  leur  comble  ^  îjîi  oraîeur  s© 
lève,  et  après  être  parvenu  à  obtenir  quel- 
que silence  ,  il  s'exprime  ainsi: 

«  Les  efïets  de  nos  maux  dureront  tant 
«  cjne  vous  en  laisserez  subsister  la  cause. 
«  Depuis  sept  mois  ,  la  preuve  de  l'inripe'- 
«  rilie,  de  la  Iraliison  du  pouvoir  exèeutif 
«  vous  est  acquise;  il  est  évident  que  ce 
((  malheureux  pays  est  la  victime  d'une 
«  trame  infernale,  ourdie  afin  d'ope'rer  la 
«  contre-revoUiîion.  Il  est  deiuootië  que 
«  les  blancs  qui  l'habilefit  sont  destines  k 
«  être  sacrifies,  pour  ressusciter  des  prëro  - 
«  gatives  justement  abhorroes  en  France» 
«  et  l'ancien  régime  à  jamais  proscrit  à 
«  Saint-Domine;ue.  S'il  pouvait  vous  res- 
«  ter  quelque  douîe,  si  vous  pouviez  être 
«  retenus  par  quelque  incertitxidc,  je  vous- 
«  dirais;  réfléchissez  a  la  révolte  de  voâ 
«  nègres,  aux  prétentions  qvi 'ils  manifes- 
«c  tent  ,  aux  eouleurs  qu'ils  arborent , 
«  au  nom  dont  ils  s'élajent  ;  et  douiez  eu- 

B  a 


t^^JIVSL 


(   2S    ) 

<(  ccre  que  îcs/an'stocralfis  les  aient  armes, 
u  an  nom  du  Roi ,  de  la  torche  et  du  poi- 
«  gtiard.  Il  faut  le  dire;  le  trône  et  vos  es- 
«  claves^  tiennent  les  deux  extrémités  de 
«  la  chaîne  circulaire  qui  paralyse  tous  vos 
«  efforts.  Qu'importe  au  despotisme  la 
«  turpitude  de  ses  moyens ,  pourvu  qu'il 
«  tiiornplie?  Qui  osera  l'en  faire  rougir? 
«  Laisse-l-il  à  ses  victimes  d'autres  vertus 
«  t|ne  le  silence?  Qu'importe 'aux  mi- 
«  nistres  ,  par  qui  ce  malheureux  pays  a 
«  etë  vendu,  la  perte  de  la  colonie'  et  la 
«  ruine  de  la  métropole,  pourvu  que  le 
«  système  soit  anéanti?  La  fehcite  entra- 
«  t-elle  jamais  pour  quelque  chose  dans 
«  leurs  calculs  ?  Qu'importe  enfin  à  M.  de 
«  Bîanrbelande  l'existence  de  Saint-Do- 
«  minguf'?  qu'a-t-iî  fait  pour  comhîer  l'a- 
«  Mme  sous- nos  pas,  et  au  fond  duquel 
«  il  nous  précipite  par  la  perfidie  et  par 
«  ses  crimes?  De  quelle  utilité  est  pour 
«  nous  ce  ruineux  ëtat-major,  instrument 
«  du  pou  voir  arbitraire  qui  nous  opprime? 
«  A-t-il  empêche'  que  nos^  campagnes  ne 
«  fussent  réduites  en  cendres  ?  a-l-il  ven- 
*  gë  nos  hères  e'gorgës  par  leurs  affran- 
«  chis  et  par  leurs  esclaves?  Non.  Que 
«  dîs-je?  ô  honte!  ô  humiliation!  Une 
V  caste  avilie  ,  dégradée  ,  aspire  insolem- 
«  ment  à  comtnander  dans  un  pays  tout 
«  plein  encore  des  marques  de  sa  servi- 


■M 


(  29  ) 
«  tudeî  Pensez-vous  qu'îTs  auraient  Ja- 
«  mais  osé  lenîer  le  sort  des  combats,  s'ils 
«  n'avaient  éîë  certains  d'un  secours  puis- 
«  sant  et  efficace?  Quel  peut  être  ce  so- 
ft cours?  Sur  qui  les  soupçons  peuvent-ils 
«  tomber?  N'est  ce  pas  sur  ce  pouvoir 
«  exécutif  étouflPé  comme  Encelade,  et 
«  faisant  comme  lui,  par  intervalles,  des 
«  efforts  qui  ébranlent  le  poids  dont  il  est 
«  écrasé?  Mais  je  ne  m'arrête  pas  aux 
rt  probabilités j  écoutez  les  pétitionnaires 
«  qui  sont  à  votre  barre,  analysez  les  dé- 
«  marches  et  les  actions  de  M.  de  Blan- 
*c  chelande;  maîlre  de  tout,  pouvant,  à 
«  son  gré,  disposer  de  toutes  nos  forces, 
«  quelles  mesures  a-t-il  prises  pour  répri- 
«  mer  l'orgueil  des  mulâtres,  et  pour  ar- 
«  rêter  le  brigandage  des  nègres?  Quel 
«  bien  ont  produit  ses  sorties  "si  vantées? 
«  Par  quelle  fatalité  ,  une  horde  de  ban- 
«  dits,  sans  munitions,  sans  discipline, 
«  sans  courage,  n'est-el!e  pas  encore  sou- 
«  mise  ou  exterminée?  La  fermeté  qu'ils 
«  montrent  est-elle  dans  leur  caractère? 
«  Doit-elle  leur  être  attribuée?  Tout  ne 
«  prouve-l-il  pas  au  contraire,  qu'ils  ne 
«  sont  qu'un  instrument  aveugle  dans  des 
«  mains  perfides,  et  ne  concourt-il  pas  à 
«  vousdesignerM.de  Blanchelandecomme 
«  le  traître  qui  a  été  chargé  de  diriger  cellô 
«  arme  contre  vous  ? 

B  5 


SK? 


I 


(  3o  ) 

«  Tant  qu'il  nous  a  ëtë  permis  de  croire 
a  à  la  sincërilé  de  ses  promesses  ,  à  la  pu- 
«  rete'  de  ses  intentions  ,  j'ai  approuve  la 
«  confiance  que  vous  avez  bien  voulu  lui 
«  accorder.  J'ai  voie  pour  que  le  ressort 
«  puissant  de  la  force  publique  fût  remis 
<c  dans  ses  mains  j  mais  maintenant  qu'iT 
«  vous  esl;  de'montrë  que  ,  loin  de  vouloir 
te  le  bonheur  de  Saint-Domingue  ,  M.  le 
«  gëne'ral  ,  par  ses  fautes  ,  ses  be'vues  et 
«  ses  escobarderies  en  consomme  la  ruine  ; 
«  que  c'est  à  l'appui  qu'il  prête  aux  mu- 
«  lâlres  ,  aux  me'nagemens  qu'il  a  pour  les 
«  brigands  que  l'on  dort  attribuer  l'ambi- 
«  tioiî  des  uns  et  les  airocite's  des  antres  5 
«  maintenant  que  sa  nonchalance ,  son 
«t  incapacité  et  ses  tralkisons  le  signalent 
«  comme  le  pins  cruel  et  le  plus  dange- 
«  reux  ennemi  de  la  colonie  ,  sonffrirons- 
«  nous  encore  que  ce  chef-d'œuvre  des 
u  aristocrates  ,  cet  émissaire  de  Co» 
»  blentz  ,  ce  traître  à  la  nation,  com- 
«  mande  dans  un  pays  qu'il  a  promis  de 
«  détruire  ?  Pousserons-nous  la  faiblesse 
«  et  l'oubli  de  nos  devoirs  jusqu'à  lui  lais- 
«  ser  un  pouvoir  dont  il  ne  sert  que  pour 
«  notre  malheur  ?  Jusqu'à  quelpoijil  tra- 
ce hirons-nous  la  confiance  et  l'espoir  de 
«  nos  cômmetîans  ,  qui  ne  nous  ont  pas 
«  envoyés  ici  pour  être  les  témoins  im- 
«  mobiles  de^  crituies  du  pouvoir  exëcultfy 


(  5i  ) 

«  mais  qui  ,  ^n  nous  investissant  du  ca- 
«  ractère  sacre  de  leurs  reprësentans  , 
«  nous  ont,  avant  tout ,  impose  l'obliga- 
«   lion    de   sauver  Saint-Domingue  ? 

«  Pour  parvenir  à  ce  but ,  il  n'est  qu'un 
«  seul  uiojcn  ;  osez  le  mettre  en  usage  ,  et 
«  la  colonie  renaît  au  bonheur  et  à  ï'opu- 
«  leoce  :  ce  moyen  est  en  votre  pouvoir  | 
«  vous  seriez  coupables  envers  elle,  envers 
«  la  France  ,  envers  la  posîenté  ,  de  !e  ne- 
«  gliger.  Defiez-vous  de  cette  timidité'  ,  de 
ti  celte  circonspection  ,  toujours  funestes 
«  dans  les  grandes  crises  ;  ne  so^yez  pas  rc- 
«  tenus  par  le  défaut  de  formes  ,  par  votre 
«  prétendue  incompc'tervce  ,  crainte  aussi 
«  frivole  que  dangereuse  ;  superstition 
«  aussi  absurde  que  criminelle.  Le  salut  du 
«  pet^ple  n'est- il  pas  la  siq)rênie  loi  ?  Ce 
«  soin  ne  forme-t-il  pas  le  premier  et  le 
«  plusimporianl  de  vos  devoirs  ?  oui ,  puis- 
«  que  pour  le  remplir  dignement  et  pour 
«  sauver  la  patrie  en  danger,  il  faut  la  sous- 
«  traire  au  pouvoir  exe'cutif  ;  je  fais  la 
«  motion  que  M,  de  Btanchelande  soit  à 
«  l'instant  destitue'  de  sa  place  ,  et  renvojé 
«    dès  demam  en  France.  »  ^ 

Ce    discours    virulent    de  jacobinisme 
fut   couvert  des  opplaudisstmens    les  plus 
bruyans  ,  de  bravos  et  de  trëpignemeus  de 
pieds  pousses  jiasqu'à  la  fureur.  Les  fac- 
tieux n'alteudirejît  pas  que  la  molioîaaiise 


(    52    ) 

anx  voix  fut  J^doptëe,  F>ourcourfr  enfouie 
a  la  maison  de  M.  de  Blanchelande  ,  qu'ils 
entraînèrent. ,  pour  ainsi  dire,  de  vive  force 
a  Fassembiëe.  A  son  arrivée  ,  le  président 
Jui  communiqua  l'arrêté  qui  prononçait  sa 
déchéance.  Le  gouverneur  présumant  que 
malgrél'iojuslicedecetordre,  il  serait  dan- 
gereux ,  eu  ce  moment ,  d'y  opposer  de  la 
résistance  ,  déclara  qu'il  s  y  conformerait. 

Dans  une  assemblée  aussi  tumultueuse 
et  dans  laquelle  le  parti  des  factieux  demi- 
ïiait  avec  fureur  ,  il  était  difficile  à  la  raison 
dese  faire  entendre;  plusieurs  membres  de 
i  assemblée  ,  indignés  d'une  pareille  mesure, 
qui  pouvait  entraîner  les  résultats  les  plus 
fLmesîes,  voulurent  prendre  laparolepour 
la  combattre  et  la  faire  annuler.  Un  d'eux  , 
étant  ex\Çm  parvenu  à  obtenir  la  parole  * 
s  exprima  en  ces  termes  ; 

«  Messieurs,  je  ne  prétends  point  à  l'hon^ 
«  neur  de  réfater  les  discours  de  ceux  qui 
«  m  ont  précodé  à  cette  tribune.  Pour  le 
<r  faire  avec  avantage,  il  faudrait  plus  de 
«  tenis  que  je  n'en  ai  ;  ainsi  ,  sans  toucher 
«  an  fond  de  la  question  ,  sans  discuter  si 
«  1  assernbiée  est  ou  n'est  pas  compétente 
«  pour  destituer  un  gouverneur,  je  me 
«  bornerai  à  vous  faire  observer  qu'une 
«  mesure  aussi  nouvelle,  tûî-elîc  corn- 
«  mandée  par  des  circonslances  impéneu- 
«  &GS ,  ne  doit  pas  éirè  le  résultat  du  fana- 


(55) 
K  lisine  ou  de  l'esprit  de  parti  :  qu'un 
K  arrêté  de  cette  importance  ne  saarait 
«  être  pris  datis  ui^e  seule  se'ance  ,  et  à  la 
«  suite  d'une  discussion  qu'on  n'a  eu  ni  le 
«   temps  ,  ni  îa  liberté  d'approfondir. 

«  Saiut-Doitiingue  touche  à  sa  perte  ,  les 
«  colons  qui  l'îiabitent  sont  les  plus  infor- 
((  lunes  des  hommes:  voilà  une  vente  in- 
«  contestable  sur  laquelle  tout  le  monde 
«  est  d'accord  :  j'admets^,  de  plus,  que  nous 
«  avons  tous  un  égal  désir  de  reparer  ses 
«  mauxj  mais  les  moyens  diiîerent ,  parce 
«  que  nous  ne  sommes  pas  également  d'acr 
«  cord  sur  les  causes  qni  lesonf  produits;  on 
«  les  attribue  à  un  projet  de  contre  rcvolu- 
«  tion,  émané  de  Coblenlz;  mais  oii  en  est 
«  la  preuve  ?  J'entends  dire  que  M.  de 
<(  Blanchelande  est  chargé  de  l'exécutionj 
«  011  en  est  la  preuve  encore  ?  Prendrez- 
«  vous  ■•  our  tellela  révolte  des  esclaves? 
«  Mais  vous  est-il  demontre'qu'eilesoit  pro- 
«  voquée  parlui  ?  Accuserez-vous  l'insignî- 
'<(  fiance  de  ses  opérations  militaires  ?  Mais 
«  peut-il  donner  du  courage  aux  troupes  , 
«  et  rétablir  une  subordination  sans  la- 
«  quelle  il  n'est  point  de  succès  !  Dépend- 
«  il  de  lui  de  les  mettre  en  campagne  au 
«  grc  de  ses  désirs  et  selon  le  bien  du  ser-^ 
«  vice?  Lui  avez-vous  laissé  la  faculté  d'en 
w  faire  la  répartition  d'après  un  plan  cal- 
«  cule  sur  la  situation  de  la  colonie  ?  Lui 


(  54  ) 

«  avez^  vous  permis,    luf  avez-vous  fourn 

«   !^s  moyens  défaire  une  guerre  offensive 

«   J^/oD    ;    et   vous   osez  , l'accuser   de    no 

«   désastres  !    Vous  le  retenez  à  la  ville",  e 

«   vous  feignez  d'être  sur}3ris  que  les  hri 

«   gaads  ravogent    les   campagnes  !   Vou' 

«  vous  étonnez  de  la  révolte  de  vos  esclaves 

«  et  vous  oubliez  qoe  vous  leur  avezofferi 

«   1  exemple    de    Hnsurrection   I  Vous  ne 

«   pouvez,    dites-vous,  concevoir leurpre' 

«   vojance  ,  et   vous   donnez  à    vos  débat* 

«   une    publicité    qui   serait   la   chose  du 

«   monde  la   plus  dérisoire,   si  elle  n'était 

«   pas  la  plus  contraire  au  bien  public. 

(f  Mais  vous  qui  parlez  sans  cesse  de  res- 
«  pect  et  d'obéissance  aux  lois  ,  repondez- 
«   moî.  Quelest,  deFassemblée  ou  du  gou- 
«   verneur,    celui   qui  sj  soumet  avec  le 
«  moins   de  répugnance  V  M.  de  Blanche- 
«  lande  a-t-il  manifesté  le  moinJre  éloi- 
«  gnement   pour     toutes    celles   qui  sont 
«   venues  de  France?—  Il   n'aime  pas  la 
«   nouvelle  constitution  !..  Je  ne  lis  point 
«   dans  son  cœur  ;  mais  que  ferait-il  de  plus 
«   s'il   Fairaait   que    d'exécuter    ce  qu'elle 
«   prescrit ,  d'obéir  à  cequ'eile  commande  ! 
«  Vous   l'accusez  de  mal  gouverner  la  co- 
«  lonie  ,  et   toujours  il  prend  et  suit  vos 
«   avis  1  vous   ditesqii'il  trahit  la  France  , 
«   et    il  n'agit  que  d'après  les  ordres  qu'it 
«  reçoit  d'elle  I—ll  est  suspect  au  peuple  , 


'£s^iss?iajsk'i 


(55) 
(  (îontila  trompe  les  vœux  et  l'esperaîice. 
:<  —  Mais  vous  ,nvez-vous  mieux  répondu 
«  à  la  confiance  que  ce  peuple  avaitmise 
i  en  vous  ,  et  rempli  les  promesses  que 
<  vous  lui  aviez  faites  ?  —  En  un  mot  , 
■t  c'est   un    aristocrate  ,   il   est  vendu   au 


it  parti  de  Coblentz  ,  dont  il  favorisa  les 
<  projets  et  le  svstème. — Hëlasl  Messieurs, 
■i  je  dois  le  dire,  maigre' les  préjuges  eieve's 
K  confre  mon  opinion  :  Coblentz  n'est  pas 
K  le  plus  dangereux  ennemi  de  la  colonie: 
«  plût  à  Dieu  qu'il  n'en  existât  point  pour 
a  elle  de  plus  redoutable  I  Saint-Domin- 
K  eue,  qu'une  fatalité  aveugle  semble  en- 
X  traîner  vers  sa  perte,  pourrait  encore  se 
K  promettre  ,  dans  un  avenir  plus  ou 
[f  moins  éloigne'  ,  des  jours  de  gloire  cl  de 
R  bonlieur. 

«  Dans  aucun  tems,  dans  aucun  pajs,  le 
«  caprice  et  la  violence  n'ont  rien  fait  de 
«  grand,  de  solide,  ni  de  durable.  Je  n'ai 
«  pas  besoin  d'mvoquer  les  témoignages 
a  des  siècles  passes;  il  est  inutile  de  fouiller 
w  dans  les  annales  desautres  peuples;  portez 
«  seulement  vos  regards  en  arrière;  refle- 
«  chissez  sur  dcsevënemens  dont  vous  avez 
«  ete  les  témoins  :  voyez  ce  qu'ont  produit 
({  l'exagerationetlaliainejceqi^iestresulte' 
«  de  nos  présentions  aiubitieuses,  de  notre 
(c  re'sistance  :  la  perte  de  nos  propriétés  et 
«  la  mort  de  nos  frères ,  sont  le  fruit  amer 


(56  ) 

«  jîenos dissentions.  Que  lesmalheurssoi 

«  lesquels  nous  gémissons  ,  que  les  clësa- 

«  très  p!u3  affreux  encore  qui  sont  àcraii] 

«  dre   pour  nous,    rappellent  l'union  ,   1 

«  confiance  entre  toutes  les  auîorilës.  Dan 

«  lacarnèreoti  nous  nous  sommes  si  impru 

«  demment  lances  ,  nous  avons  un  guide 

«  ce  sont  les  décrets  du  corps  constili^ar 

«  sanctTonnës  par  le  roi,  soumettons- nou 

«  de    bonne  foi  à  la   volonté  souveraine 

«  Depuis     trop     long-tems     les    intërêf 

«  particuliers  s'opposent  au  bien  gênerai 

«  qu'il   n  j  ait  plus  désormais  qu'un  seu 

«  parli,  celui  du   bonheur  public  ;qu'ur 

«seul    moyen    pour  atteindre     ce  but 

«  le  renoncement  aux   passions  qui  noui 

«  divisent.    Si    le   patriotisme   tant   vanl( 

«  n'obtient  pas  de  nous  quelque  sacrifice  . 

«  si  le  besoin  de  la  paix  n'ëteint  pas  dans 

«  nos    cœurs  l'orgueil  et  la  vengeance  qu 

«    es  agitent  j   si  la  crainte  ,   hëlas  !  troj 

«  bien  fondée  ,  qu'inspire  la  situatiou  criti 

«  que  oii  nous  sommes  ,  ne  nous  ramène 

«  pas  à  la  circonspection  et  à  la  sagesse  ,  je 

«  le  vois  et  le  dis  à  regret  :  je  n'ai  plus  qu'à 

«  pleurer  sur  le  sort  de  ma  patrie.  » 

Les  citoyens  du  Cap  furent  alarmes 
a  une  telle  décision  ;  une  autre  assemblée 
futconvoquëe  pour  le  lendemain  ,  oiiaprèî 
de  grands  débats  ,elle  révoqua  l'arrête  qni 
«restituait  le  gouyerneur,  en  luttant  avec 

courage 


WÊÊÊms» 


(  37)  ^  .  ,  \ 
contre  les  efforts  de  la  minorité'  factieuse 
qui  voulait  le  maintenir.  Cette  minorité', 
dësespërëe  d'avoir  ëchouë  contre  M.  de 
Blanchelande ,  crut  devoir  s'en  venger, 
en  forçant  par  ses  mene'es  et  ses  sourdes 
intrigues  les  commissaires  du  Roi  à  re  passer 
en  France. 

^lu  milieu  du  conflit  des  diverses  fac- 
tions qui  de'ch'raient  Saint-Domingue  , 
chaque  jour  éclairait  de  nouveaux  désas- 
tres. Un  des  chefs  des  révoltes,  le  fa-» 
meux  Biassou  ,  attaqua  le  fort  du  Bel-Air  j 
mais  cette  attaque  ne  fut  pas  heureuse 
pour  lui;  un  grand  nombre  des  rei?^i!es 
furent  faits  prisonniers;  d'autres  përireut 
sur  le  champ  de  bataille.  On  ëvalua  dans 
le  tems  à  pre's  de  *oo  hommes  la  ^erte  de 
Biassou ,  qui  faillit  lui-même  être  tue  ou 
pris  dans  cette  alFaire. 

L'incertitude  de  la  marche  de  l'asi«ra- 
blëe  coloniale  e'tait  le  principal  obstacle  à 
tout  ce  qui  pouvait  contribuer  à  réprimer 
les  factions  ,  et  à  rétablir  le  calme  et  la  paix 
dans  la  colonie.  Tout  annonçait  une  pro- 
chaine catastrophe;  la  faction  des  noirs 
tendait  à  une  désorganisation  entière  de 
la  colonie.  On  engagea  alors  M.  de  Blan- 
chelande à  mettre  un  terme  aux  préten- 
tions désastreuses  de  cette  faction  ;  en  con- 
séquence il  se  présenta  à  l'assemblée  ,  oii  , 
après  lui  avoir  tracé  la  marche  qu'elle  d§« 

St.'Domingue.  C 


_      f  58  ) 
Tait  suivre,  il  termina  son   discours  de  la 
manière  suivante: 

«  J'aurais  du  me  résoudre  plutôt  à  la 
«  démarche  que  je  viens  de  faire  ;  mais 
«  plus  je  vous  ai  montre  de  confiance, 
«  plus  j'ai  acquis  le  droit  de  vous  dire  la 
«  vérité.  Je  vous  parle  donc  au  nom  dô 
«  la  colonie  ,  qui  désire  avec  raison  le  re- 
«  tour  de  l'ordre  et  de  la  paix;  au  nom 
w  des  o (Scie rs  civils  et  militaires  que  vous 
«  avez,  offensés  par  vos  calomnies  et  par 
«  vos  injures;  au  nom  des  hommes  de 
«  couleur  auxquels  vous  devez  une  exis- 
«  tence  politique;  au  nom  enfin  delà  mé- 
«  tropole  ,  qui  ne  vous  a  pas  constituées 
«  pour  lutter  avec  elle  d'autorité  et  de 
«  puissance  ,  mais  afin  que  vous  lui  pré- 
«  semiez  une  constitution  qui,  sans  nuire 
«  à  la  France  ,  fasse  le  bonheur  de  la  co- 
te loïiie.  C'est  à  remplir  les  intentions  de 
«  la  première  ,  qu'il  faut  consacrer  vos  tra- 
ct vaux  et  vos  veilles;  c'est  à  mériter  la 
«  reconnaissance  de  la  seconde  ,  que  vous 
«  devez  désormais  borner  vos  vœuxet  votre 
a  gloire.  Quant  à  moi,  pénétré  de  l'im- 
«  portance  de  mes  devoirs  ,  je  tâcherai  de 
«  m'en  acquitler  avec  zèle  et  courage.  Le 
«  premier  de  fous  ,  sans  doute  ,  celui  dont 
«  je  suis  spécialement  chargé,  c'est  de  vous 
«  rappeler  aux  vôtres,  et  de  vous  obliger 
«  à  les  remplir.  Oui,  Messieurs,  il  n'est 


ÏS^i^Si^sSi^l 


(  59  ) 
«  plus  tems  de  feindre  :  il  faut  que  îa  vo- 
te lonte  nationale  s'accoîiîpiisse;  c'est  àmoi 
«  qui  en  suis  le  dépositaire  ,  de  vous  pre'- 
<  venir  (et  je  m'accuse  d'avoir  tant  tardé 
«  à  m'y  déterminer)  que  dorénavant  je  ne 
«  sanctionnerai  plus  aucun  de  vos  arrêtés; 
«  que  je  suis  résolu  à  gouverner  la  colonie 
a  d'après  les  lois  anciennes,  jusqu'à  ce 
«  que  la  constitution  dont  vous  allez  vous 
«  occuper,  sans  doute  ,  ait  été  faite,  ap- 
te prouvée  et  sanctionnée  ])ar  le  pouvoir 
«  souverain.  Cette  détermination  ,  moti- 
«  vée  sur  les  décrets,  sera  constante  et 
u  irrévocable.  » 

Lorsque  M.  de  Blanchelande  eut  cessé 
de  parler,  un  membre  de  l'assemblée  prit 
la  parole  et  dit: 

«  Les  propositions  que  M.  le  ge'nérai 
«  vient  de  nous  communiquer  sont  si  gra- 
«  ves  ,  leur  objet  mérite  si  fort  d'être  ap- 
te profondi,  à  raison  de  son  importance 
«  et  de  ses  suites  éventuelles,  qu'il  serait 
«  impolilique  et  dangereux  d'entamer  une 
«  discussion  à  laquelle  personne  n'est 
«  préparé.  Je  fais  donc  la  motion  expresse 
«  qu'elle  soit  ajournée  à  une  séance  que 
«  l'assemblée  déterminera.  » 

Cette  motion  fut  rejetée,  et  le  parti 
du  gouvernement  triompha  en  ce  moment 
de  l'influence  des  désorganisatetî^rs;  mais 
«e  triomphe  fui  court.  Parmi  les  lîommes 

C2 


êêSUê^ 


m 


f  4o  ) 

intéresses  h  semer  le  trouble  et  la  dm- 
sion  ,  on  distinguait  M.  l'archevêque  ,  qui 
entravait^  au  Cap,  par  ses  intrigues,  la 
marche  des  assemblées  coloniale  et  pro- 
vincîaie  ;  et  un  nomme  Borel,  de  i'Artibo- 
niie  ,  qui ,  ayant  transformé  son  habitation 
en  une  espèce  de  camp,  faisait  des  excur- 
sions dans  les  campagnes  voisines  ,  contre 
les  mulâtres  dont  il  dévastait  les  proprié- 
tés. Uux- ci ,  pour  user  de  représailles,  in- 
cendièrent son  habitafion ,  dëtruisimu 
une  partie  de  ses  troupes,  et  dispersèrent 
i  autre.  ■ 

On  avait  lieu  de  présumer  que  le  rôle  de 
ce  pirate  de  terre  touchait  à  sa  fin.  On  éîait 
Jlans  1  erreur.  Borel ,  après  s'être  réfugié  au 
bourg  de  la  baline,  ramassa  tous  les  débris 
de  sa  troupe ,  fit  un  appel  à  tous  les  brigands 
et  les  vagabonds  de  la  colonie,  et  parvint  à 
en  former  une  petite  armée,  avec  laquelle 
31  recommença  ses  excursions ,  qui  furent 
signalées  par  de  nouveanx  assassinats  et  de 
nouveaux  désastres.  Le  manque   de   vivres 
ajant  forcé   de  quitter  la   Saline,  il  ent 
iimpudencede  revenirau  Cap  ,  etse  trans- 
portant ensuite  au  môle   Saint-Nicolas      ii 
J  encouragea  et  seconda  de  tous  ses  efforts 
ies  visites  domiciliaires,  le  pillage  des  ma- 
Çasuis  de  1  eial,  renlèvement  des  bâtimens 
a  îeurs  capitaines,  la  dispersion  <;u  l'assas- 
«îiMi  de  îoui  U^  officiers  civils  «t  militaire.- 


'iS^ëssssit^r* 


(  4î  ) 

enfin  tous  les  excès  rëvoîuh'onnafres,  qui 
se  succédèrent  alors  d'une  manière  aussi 
rapide  qu  effrayante. 

On    sait    que  rassemblée    constituante 
avait  ^  par  un  décret  du  24  septembre  1701, 
déclare  que  les   colonies  étaient  hors    du 
système  appliqué  par  elle   à  la  métropole. 
1^  assemblée  légisiative  qui  succéda  à  l'as- 
semblée constituante,  cassa   cette  loi,   le 
24  mars  1792^  prononça  que  les  corps  po- 
pulaires seraient  renouvelés,   et  les%ens 
\?'j         admis  aux  élections. 
M.  de  Blanchelande,  qui  avait  projeté 
nn   yojage    a  Samt-Marc.    crut    le    mo- 
ment  propice   pour  l'exécuter,    persuadé 
que  la  promulgation   du    décret    de   l'as- 
semblée législative  dans  cette  ville  et   dans 
toutes  les  paroisses  de  l'ouest ,  gagnerait  à 
jamais  la  confiance  d.s  mulâtres  ,  et   que 
seconde   par    eux,    il    mettrait    fin   à    la 
révolte  des  esclaves    du  nord.  En  consé- 
quence il  partit  du  Cap,  avec  le  commissai- 
le  civil  Uoume,  pour  Saint-Marc  ,  où  il  fut 
jomt  parM     de   Grimoard,   commandan 
ie  Boree  et  la  station  de  Saint-Domingue 

tie  camp.  Ce  ixefut  pas  sans  difficultés  que 
le  prem.er  put  se  rendre  aux  ordres  de 
M.  de  Bancbeknde,  l'équipage  de  son 
vaisseau  étant  livré  à  l'insubordination  et 
a  1  indisciplme.  h  parvint  si  bien  a  caleulgr 

€  3 


(  42  ) 
ses  mesures,  que  les  factieux  cîu  Borëe  fu- 
rent arrêtes,  débarques  et  conduits  en  pri- 
son .  De  cet  instant ,  maître  sur  son  vaisseau, 
i!  mit  sur  le  champ  à  la  voile,  pour  inter- 
cepter les  bâlimens  charges  de  re'volles, 
partis  pour  le  Porl  au-Prince,  ayant  à 
îeurtêteM.  Borel.  Les  ayant  rencontrés, 
il  signifia  à  ce  dernier  de  le  suivre  avec 
sa  ûotille.  La  résistance  étant  impossible, 
force  fut  d'obéir;  aussitôt  que  la  flolille 
de  M.  Borei  et  le  vaisseau  le  Borée  eurent 
jeté  l'ancre  ,  M.  de  Griraoard  ,  fit  arrêter 
M.  Borel  par  un  détachement  de  mulâtres, 
qui  le  conduisirent  en  prison. 

A  son  arrivée  au  Port-au-Prince, 
M.  de  Blanchelande  dont  la  faiblesse  con- 
nue aurait  cédé  aux  prétentions  des  fac- 
tieux ,  sans  les  conseils  et  l'énergie  deM.  de 
Fontanf^cs ,  demanda  à  la  municipalité  l'ar- 
restalion  d'une  trentaine  d'agitateurs  ;  mais 
ce  dernier  ,  usé  par  les  fatigues  et  des  bles- 
sures dangereuses,  et  ne  pouvant  soutenir 
une  trop  longue  application  aux  affaires  , 
ne  fut  pas  à  même  de  fortifier  M.  de  Blan- 
chelande dans  ses  premières  résolutions. 
Aussi  ce  gouverneur  se  laissa-t-il  bientôt 
circonvenir  par  dos  inlrigans,  qui  par- 
vinrent à  obtenir  de  lui  la  grâce  d'une 
vingtaine  de  proscrits. 

Cependant,  on  ne  doit  pas  dissimuler 
que  sa  présence  au  Port-au-Prince  n'ait 


(  45  ) 
fait  avorter  à  celte  époque  les  projets  cTes 
factieux  et  de'chu  leurs  espérances  j  les 
gens  de  couleur  revitirent  dans  leurs  foyers^ 
€t  on  s'occupa  à  organiser  les  autoriîe's 
conformément  au  vœu  de  la  nouvelle  loi 
de  rassemblée  législative. 

Il  se  rendit  ensuite  à  Je'remie,  oij  il  re'ta- 
blit  l'espèce  d'ordre  introduit  au  Port-au- 
Prince.  Un  grand  nombre  des  plus  factieux 
d'entre  les  mulâtres  furent  arrêtes,  et  le 
reste  fut  expulse'. 

A  son  arrive'e  aux  Cajes ,  M.  de  Blan- 
chelande  ,  toujours  dans  la  louable  iiilen- 
tion  de  calmer  ies  esprits  et  de  ramener  ia 
tranquillité',  crut  devoir  faire  des  ouvertures 
jîacifiques  aux  chefs  des  nègres  révoltes.  M.ais 
l'assemble'e  de  cette  province  entrava  ses 
projets,  et  il  fut  oblige  de  nouveau  de 
marcher  contre  les  mulâîres  qui  s'étaient 
retranche's  au  sommet  des  Platons  (ij. 
Cette  expédition  ne  fut  pas  heureuse.  Le 
gouverneur  avait  divise  sa  troupe  de  près 
de  900  hommes  en  trois  colonnes  qui  de- 
vaient attaquer  les  rebelles  le  même  jour  , 
à  lamêmehenre  ,  sur  trois  points  diffèrens  s 
mais  un  concours  de  circonstances  impre'- 
vues,  ou  des  ordres  peut-être  mal  don- 
lîés  ,  ou  ma!  conçus  ,  s'opposèrent  au  succès 


M 


fi)  Montagnes  très-elevées  qui  bornent  la  plaiE® 
«lu  Fond. 


f^'i^s^unitoamÊmmmiim 


r 
^ 


(  44  ) 

de  l'attaque.  La  première  colonne  ,  mise  en 
déroule  ,  perdit  près  de  loo  hommes.  La 
seconde  ,  après  avoir  vu  pe'rir  son  com- 
mandant ,  prit  la  fuite  dans  le  plus  grand 
de'sordre;  quant  à  la  troisième,  n'ayant  pu 
rdsisler  à  5  ou  4000  nègres,  elle  fut  obli- 
gée d'effectuer  sa  retraite  ^  après  avoir  per- 
du un  certain  nombre  d'hommes.  Bientôt 
la  riche  et  belle  plaine  du  Fond  fut  re'duite 
en  cendr»s. 

Le  II  aoiît  1792,  M.  de  Bianchelande  , 
après  sa  malheureuse  expe'dilion  ,  quitta 
les  Cajes  et  revint  au  Cap.  Bientôt  le 
conseil  de  Saint-Marc  qui  avait  pour  pre'si- 
dent  on  mulâtre,  nomme  Pinchinat, pro- 
fessa les  principes  les  plus  révolutionnaires. 
Ce  mulâtre,  qui  a  joué  un  certain  rôle  à 
Saint-Domingue,  n'e'tait  pas  un  homme 
ordinaire;  i!  joignait  de  rinstruction  à 
beaucoup  d'esprit  naturel;  il  possédait 
ïnêrae  le  talent  de  parler  et  d'écrire  avec 
liue  certaine  éloquence.  Né  avec  des  dis- 
positions à  tirer  parti  des  circonstances, 
il  embrassa  d'abord  la  cause  des  colons, 
en  s'élevant  avec  force  contre  les  corps 
et  les  clubs  populaires.  Mais  bientôt  il 
abandonna  cette  cause,  et  seconda  la. 
révolte  des  nègres. 

Sur  ces  entrefaites  ,  on  apprît  la  création 
et  l'arrivée  prochaine  de  nouveaux  com- 
missaires civils  à  Saint-Domingue,  ainw 


^S^^SS^à^Ti 


(45  ) 

qne  celle  de  M.  d'Esparbès  ,  nomme'  gou«« 
verneur  gênerai ,  à  la  place  de  M.  de  Blan- 
cheîaale  qui  était  rappelé',  avec  de  nou- 
velles troupes  j  ce  qui  n'empêcha  pas  ras- 
semblée coloniale  de  continuer  son  travail 
sur  la  constitution. 

Le  i8  septembre,  la  flotte  vint  mouil- 
ler dans  la  rade  du  Cap.  La  desunion 
commença  à  se  manifester  entre  le  ge'nëral 
et  les  commissaires;  ces  derniers  pre'ten- 
dant  que  les  troupes  ne  devaient  obéir 
qu'à^  leurs  ordres.  Le  surlendemain  ,  le 
gênerai  et  les  commissaires  furent  instai- 
îe's.  Des  discours  furent  prononces  par  ces 
derniers,  qui  firent  en  même  tems  le  ser- 
ment de  ne  jamais  toucher  à  l'esclavage. 
Polverel,  le  digne  adjoint  de  Santhonax  , 
lernsina  son  discours  par  ces  phrases 
remarquables: 

«  Si ,  contre  toute  probabilité,  le  corps 
«  législatif  venait  à  se  parjurer  un  jour;  si , 
«  entraîne  par  ies  élans  d'un  enlhousias- 
«  me  inconsidérés,  il  osait  jamais  attenter 
«  à  vos  propriétés,  je  déclare  et  j'atteste 
«  icï  l'Etre  suprême ,  que  je  n'obéirais  point 
«  à  ses  ordres:  je  fais  plus;  je  vous  jure, 
<«  ô  Colons  I  de  me  réunir  alors  à  vous, 
«  d'abdiquer  des  fonctions  et  un  pouvoir 
«  qui  me  feraient  horreur,  et  de  vous  aider 
«  de   tous   mes  mojeiis  à  repousser   par 

C  5 


(  46  ) 

s  la  force  ,  la  plus  horrible  Ses  injustices , 
«   et  la  plus  barbare  des  perfidies.   » 

Maigre  ces  beaux  discours  et  les  sermeiis 
faits  par  Santhonax  et  Poîverel ,  on  ne  tarda 
pas  à  s'apperçevoir  que  l'intention  et  les  dé- 
marches ostensibles  de  ces    commissaires 
étaient  bien  opposées  à  ce  qu'on  devait  at- 
tendre d'eus  pour  le  bien  de  lacolonie;  s'al- 
tribuant  les  pouvoirs  d'une  véritable  dicta- 
ture, et  profitant  de  la  haine  et  de  la  de'su- 
nion   qui   existait  entre    les  deux   partis, 
c'est-à-dire  entre  l'assemblée  coloniale  et  le 
gouverneur  géne'ral,  ils   commencèrent  à 
mettre    à  exe'culion    leur   projets   révolu- 
tionnaires, en  établissant  une  commission 
intermédiaire  et  un  club,  et  en  favorisant 
les   prétentions  des  esclaves.    On  vit  alors 
renouveler  au  Cap  les  mêmes  scènes   qu'à 
Paris;  les  mots  liberté^  égalité,  retentis- 
saient à  toutes  les  oreilles  :  vivre  libres  ou 
mourir  ,  vive  la  nation,  à  la  lanterne  tous 
les  aristocrates  !   étaient  lès  inscriptions 
qui  se  lisaient  en  caractères  tricolores  sur 
les  bannières  et  les  drapeaux  ;  et  les  chants 
de  la  Marseillaise  et  de  Ça  ira  se  faisaient 
entendre  dans  toutes  les  fêtes  patriotiques. 
Les    factieux  cherchèrent   à   soulever   en 
leur  faveurle  régiment  du  Cap  ,  à  ébranler 
sa  fidélité,  et  à  l'insurger  contre  ses  chefs; 
leurs  tentatives  furent  alors  sans  succès. 
Le  commissaire  Sanlhonax  n'en  conti- 


■  Ild    I         I— I  11       I    I  I  I 


(  47  ) 
Tîua  pas  moins  ses  sourdes  menées;    aîiisî 
que  l'un  (lèses  collègues,  Polverel;  son  but 
était  de  faire   une   révolution  au  Cap  ^   et 
elle  ne  tarda  pas  às'efïecf  uer.  Sur  ces  entre- 
faites eutra  dans  la  rade  une  escadre  qui 
avait  été  destinée  pour  les  îles  du  Vent,  et 
portant  1800  hommes  de  troupes  sous   les 
ordres  du   général  RocUamheau  ;    les  co- 
lons de   la   Martinique,    de  Sainte-Lucie  ,. 
et  de  la  Guadeloupe,  n'ayant  pas  voulu  les 
recevoir,  ils  avaient  été  obligés  de  se  rendre 
au  Cap.  Cette  escadre   apportait  avec  elle 
un  certain  nombre  de  jacobins  renforcés, 
qui  ,  devenant  les  artisans    de   nouveaux 
troubles  ,  secondèrent  les  projets  du  club  y. 
entretinrent  la  division  et  la  haine   entre 
les  autorités  et  les  prétentions  des  mulâtres^ 
et  des  nègres.  Pour  surcroît  de  malheur  et 
de  désolation,   Borel  ,  ce  perturbateur  de 
Tordre,  dont  nous  avons  signalé  les  excès 
dans  le  cour  de   cet  ouvrage,   était    sorti 
des  prisons  de  Saint-Marc;   on   vit   aussi 
figurer  parmi  ces  faiseurs  d'insurrectionsuiaf 
nommé   Laveaux,   lieutenant-colonel    dm 
régiment  des  dragons  d'Orléans^  vena  de 
France  avec  la  Commission. 

Tout  annonçait  une  explosion;  ©n  îie 
parlait  depuis  plusietsrs  jours  que  de  pros- 
cription et  de  déportation.  Le  club  avait 
déjà  marqué  parmi  ses  victimes  M.  de Gaïia- 
Befart ,  ma[or  du  régiment  du  Cap  j  obb® 


(48) 

devait  rien  moîns  que  de  Faccfocher  à  m 
réverbère,  comme  ennemi  delà  chose  pu» 

fin^r';.  '"\^^"'^'  ^"^  favorisait  secrè- 
tement tous  J/es  mouvemens  insurrection» 
îiels,  restait  dans  l'irrésolution 

Cependant,   le   17  octobre,    l'agitation 
se  manifestait  partout,.   l'eiFervescence  du 
club  était  a    son   comble,  et  sur  la   place 
dermes,     Je  tumulte    croissait  de    Lart 
d  heure  en  quart  d'heure.  On  alla  préLir 
M.  dEsparbesde    tout   ce    désordre:    ce 
vieillard     dont   la   faiblesse    et    la    nullité 
étaient  reconnues,  ne  paraissant  pas  beau- 
coup  s  alarmer,   ce   ne  fut  qu'à  force  de 
prières  et  de' sollicitations  ,  qu'on   parvint 
a  le  convaincre  que  les  choses  étaient  pous» 
sees  a  un  tel  pomt  qu'i^   était  urgent  qu'i! 
prit  un  parti  pour  s'opposer  au  mouvement 
reyoluUoooaire.Cenefutpas   sans   peine 
qu  on  le  uelermma  de  se  rendre  à  la  com^ 
irassion  cmle     accompagné    de   quelques 
flancs  et  de  plusieurs  hommes  dérouleur; 
^lors    faisayt  un  eiïort   sur   lui-même,  il 
crut  devoir    déclarer    aux    commissaii'es 

que  le  cîuDetablisans  sa  participation,  était 
«ne  mfraciion  à  la  loi,  d'autant  plus  que 
ce  club,  to..t-à~la-fois  illégal  et  tjVanique, 
compromettait  a  tranquillité  publique,' 
3lterminasadec)arationainsi:«En  consé- 
quence, a^rnom  de  tous  les  officiers, 
«  tfe  presque  tous  les  colons  rassemblés! 


V    J» 


Tmrm"         — in  ■  i  i 


(49) 

«  et  même  des  mulâtres  que  ce  cîuî>  epoo- 
•  vante ,  je  viens  en  demander,  exiger  la 
«  suppression.  » 

Cette  déclaration  parut  faire  queîqoe 
sensation,  et  la  fermentation  semblait 
s'assoupir.  Mais  le  ic)  octobre  ,  au  point  da 
jour,  on  battit  la  générale;  une  partie  de 
la  troupe  fut  mise  sous  les  armes;  ce  qui 
n'empêcha  pas  les  prétendus  patriotes  de 
montrer  la  re'solution  d'en  venir  à  un  coup 
de  main  ,  et  de  marcher  avec  du  canon  aux 
casernes,  pour  se  saisir  de  M.  de  Caoïbe- 
fort.  Ils  s'avancèrent  effectivement,  pre'ce'- 
de's  de  quelques  pièces  de  canon;  les  soldats 
indignés  de  l'audace  et  de  la  tentative  de 
ces  insurgés  contre  un  de  leurs  chefs, 
montrèrent  la  plus  ferme  résolution  de 
repousser  la  force  par  la  force.  M.  d'Es- 
parbès  ,  secouant  encore  en  cet  instant 
cette  faiblesse  et  cette  nulliié  dont  il  atait 
donné  tant  de  preuves,  se  montra  au  mi- 
lieu des  troupes  ,  l'épée  à  la  main. 

«  Militaires  de  tous  grades  .  cria-  t-il  d'un 
«  ton  chevaleresque ,  vous  qui  composez  la 
«  garnison  de  la  ville,  apprenez  que  des  fac- 
«  tieux  ont  osé  forcer  le  parc  d'artillerie 
«  confié  à  votre  garde  ,  et  se  sont  emparés 
«  des  canons  dont  ils  vont  bientôt  diriger 
«  ie  feu  contre  vous.  Gelte  offense  faite 
«  a  votre  honneur,  ne  doic  pas  rester  impu- 
«  nkt  sensible   comme  vous  à  une  tell® 


KdiSKuikiBaa 


(  5o  ) 

«  injure  ,  votre  ge'nëral  va  vous  monlrer  ^e 
«  quelle  manière  on  doit  la  venger.  Soyez 
«  prêts  à  me  suivre 5  je  vais  marcher  à 
«  voire  tête. 

Après  une  telle  harangue ,  on  devait 
s'attendre  que  le  ge'néral  marcherait  contre 
les  révolutionnaires  et  qu'il  les  mellrait 
en  fuite.  Mais  il  perdit  le  tems  ,  en  voulant 
user  de  la  voix  de  la  douceur  et  de  la  paci- 
fication; en  conséquence  il  se  rendit  à  la 
commission  civile  qui  avait  organisé  l'in- 
surrection, et  qui  fit  signifier  à  M.  de  Cam- 
befort  de  se  rendre  sur-le-  champ  à  bord 
du  vaissseau  l' Eole. 

Les  rëvolulionnairesqueles  commissaires 
avaient  mis  en  mouvement,  se  portèrent 
aux  plus  grands  excès.  Après  être  parvenus 
à  faire  insurger  les  soldats  contre  leurs 
chefs  ,  ils  se  portèrent  avec  fureur  contre  les 
gardes  nationaux  à  cheval  commandes  par 
M.  de  Cagnon  ,  etuncowp  depistolet  abattit 
ce  commandant;  imitant  alors  les  scènes  san- 
glantes qui  se  passaient  alors  en  France,  ris 
exercèrent  mille  horreurs  sur  son  cadavre. 
Deux  volontaires  périrent  à  cote  de  leurs 
chefs;  les  autres  jugèrent  à  propos  de 
chercher  leur  salut  dans  la  fuite;  pendant 
plusieurs  jours  on  les  chassa  comme  des 
bêtes  fauves,  et  leurs  propriétés  furenî 
saccagées  et  livrées  au  pillage. 

Comme    l'intenlioa    des   commissaires 


TBrigtPT-niiTMiwaT  "igr^""-^^  -'*"■ 


(5i  ) 
était  de  tout  bouleverser ,  presque  tous  îe§ 
officiers  des  corps  furent  embarqués  pour 
retourner  enFrance,  et  ils  furent  remplacés 
par  des  militaires  qui  avaient  pris  part  à 
rinsurrection. 

Le  club  reprit  ses  séances  :  son  premier 
soin  fut  de  faire  des  listes  de  proscription  , 
sur  lesquelles  furent  couchés   les  iioms  de 
tous  les   blancs,  riches    propriétaires.  La 
faction  anti-coloniale,  c'est-à-dire,  celle  qui 
avait  résolu  l'expropriation  et  la  destruction 
de  Tespèce  blanche  ,  seconda  merveilieuse- 
inentles  projets    des    commissaires   San- 
thonaxet  Polverel.  Ce  dernier  disait  hau- 
tement que,  pour  être  utile  et  salutaire, 
la  révolution   devait  être  totale.    «  il  ne 
«  faut,  ajouta-t-il ,  avec  une  emphase  aus- 
«  si  révoltante  que  ridicule ,   dans   toutes 
«  les  magistratures,  que  des  personnes  pé- 
«  nétrés  de  l'excellence  de  ses  principes  ^_ 
«  on  doit  ôter  les  places  à  tous  ceux  qui 
«  les   ont  obtenues  de  l'ancien  gouverne- 
«  mentj   se   défier,  et  bien  plus,  bannir 
«  de    la   colonie   quiconque,    en   manifes- 
«  tant  des  craintes,    peut   être  justement 
«  soupçonné  de   ne  pas   croire  aux   bien- 
«   faits  de  la  régénération. 

On  doit  présumer  facilement  que  des 
discours  aussi  incendiaires  ne  pouvaient 
manquer  d'enflammer  les  esprits  de  toutes 
les  têles  un  peu  chaudes^  de  tous  ces  fau^ 


(52) 
patriotes  qn{,  n'ayant  tkn  h  pcrdlre,  ont 
aucontraîretoutà    gagner  dans   ie  trou- 
ble  H  le  désordre ,  et  surtout  de  ranimer 
et  d'entretenir  l'espoir  de  tous    !es   inîrî- 
gans    qui    pullulaient  dans  la   ville.    Les 
oflîciers    des   divers  régimens  qui  étaient 
au   Cap,    furent   obligés   de   donner   leur 
deœis&ion  ;  ils  furent  remplacés  en  grande 
partie  par  des  mulâtres,  protégés  par  les 
commissaires.  M.  d'Esparbès  crut  ne  pou- 
voir mieux  faire,  dans  cette  occasion,  ooe 
de  donner  sa  démission  ,  et  de  s'embarqier 
sur  une  frégate  qui  fit  bientôt  voile  pour  la 
l-rance.^  M.    de  Rochambeau  fut  nommé" 
générale  la  place  de  ce  dernier.  Une  Ré- 
putation fut  ensuite  choisie  pour  afier  sol- 
liciter à  Paris  l'affiliation  du  club    du  Cap 
avec  la  société  des  jacodins. 

La  révolution    opérée   au    Cap ,  n'était 
que  le  prélude  de  celles  que  les  commis- 
saires   Santhonax    et   Polverel   se  propo- 
saient de  faire  dans  les  autres  parties    de 
la  colonie  En  conséquence,  Santhonax  se 
chargea   de  travailler  le  nord,  tandis  qise  ^ 
son   collègue   Polverel   insurgerait  la  pro- 
vince de  l'ouest.   Quant  au  troisième  com- 
missaire, nommé  Ailhaud,  on  l'invita  â'^d' 
îer  dans  le  sud,   retremper  les  esprits  à  la 
hauteur  des    circonstances.   Mais  ce   p-r- 
sonnage  qui  ne  partageaitpoint  les  opinions 
de  ses  deux  collègues  ,  accepta  cepmdmi 


'-JhSnmm 


(  55  ) 
sa  mission,  et  partit  pour  sa  province, 
ponrj  réfléchir  à  sa  position,  et  déter- 
miner ce  qu'il  devait  faire  dans  des  cir- 
constances aussi  critiques.  La  situaîioo 
deê  affaires  ne  le  laissa  pas  longterns  dans 
î'indecîsion;  car,  après  s'être  arrête'  deux 
on  trois  jours  à  Le'ogane,  sans  vouloir  se 
rendre  aux  Caj'es,  il  prit  la  re'solution  de 
retourner  en  France,  pour  inslruire  le 
ministère  de  la  véritable  situation  de 
Saint-Domingue. 

Polverel,  en  se  rendant  an  Port-au~ 
Prince,  voulait  s'arrêter  à  Saint-Marc; 
mais  on  lui  signifia  d'en  partir,  attendu 
que  les  habjtans  n'e'taient  pas  dans  les 
dispositions  de  souffrir  les  scènes  sanglan- 
tes et  les  proscriptions  exercées  au  Cap, 
ainsi  que  l'établissement  d'un  club  ,  propre 
à  tout  bouleverser  :  en  dernier  résultat, 
on  se  débarrassa  momentanément  de  ce 
commissaire  jacobin,  en  lui  donnant  une 
somme  de  4f>îOoo  francs. 

Arrivé  au  Port-au-Prince  ,  Polverel  y  fut 
reçu  avec  enthousiame.  Le  départ  de 
M.  Ailhaud  laissa  à  son  gouvernement 
les  provinces  de  l'ouest  et  du  sud.  M.  de 
Fezenzac,  commandant  de  cette  dernièrej 
fut  arrêté  au  môte,  et  constitué  prison- 
nier sur  une  frégnle. 

Tout  le  pouvoir  était  passé  dans  les 
mains  des   deux  commissaires  Sanlhonais. 


«  • 


(54) 

et  Polverelj  aussi  en  usèrent-ils  avec  lati- 
tude j  et  au  Cap  ,  comme  au  Port-au-Prince 
et  aux  Cayes  ,  ils  voulurent  tout  régénérer. 
On  destituait,  on  incarcérait  sans  motif. 
Après  avoir  déplacé  tous  les  fonction- 
naires publics  ils  établirent  des  taxes 
subventionnelles  ,  qui  étaient  le  quart  des 
revenus  du  propriétaire.  La  division,  à  ce 
sujet,- se  mit  entre  les  deux  commissaires; 
mais,  après  une  entrevue  qu'ils  eurent  à 
Saint-Marc,  tout  s'arrangea  à  l'amiable. 

Le  prélexte  de  tout  ce  bouleversement 
était  la  révolte  des  nègres,  contre  lesquels 
il  fallait  prendre  des  précautions  et 
amasser  de  l'argent  pour  pajer  la  troupe. 
Cependant  comme  on  ne  faisait  rien  de 
tout  cela,  le  peuple  se  mit  à  murmurer  : 
Santhonax  qui,  malgréson  audace  ,  redou- 
tait l'influence  et  la  mobilité  de  l'opinion  , 
donna  l'ordre  à  M.  de  Rochambeau  d'atta- 
quer les  rebelles  dans  l'est  et  de  les  chasser 
d'Onanamyntbe.  A  cet  effet,  ce  général 
s*embarqua  avec  des  troupes  et  des  muni- 
tions ,  se  rendit  au  fort-Dauphin  ,  se  diri- 
gea ensuite  sur  le  camp  occupe  par  Jean 
François,  s'en  empgtra,  etj  établit  un  poste 
qui  rouvrit  les  communications  avec  la 
partie  Espagnole.  On  ne  poursuivit  point 
les  nègres  dans  les  montagries  oii  il  s'étaient 
«nfuis,  et  M.  de  Rochambeau  revint  a» 
Cap» 


^imtimsw^^stsammiÊS^SÊBs^sis^mi, 


(55) 
L'expédition    clu    fort   Dauphin   ne    fit 
point  cesser  les   troubles.   11  y  avait  trop 
d'aniœosite   entre    les    deux  partis,  pour 
espérer, du  repos  et  de  la  tranquillité.  Les 
machinations     des     commissaires    civils, 
l'intolérance  des  mulâtres,  le  repos  dans 
lequel   on  laissait   les  révoltés,    et   enfin 
plusieurs   autres  causes    qu'il    serait   trop 
long  de  déduire,  devaient  nécessairement 
amener  une    catastrophe  quelconque.  Elle 
fut     accélérée     par    les     prétentions    des 
mulâtres  ,  qui ,  non  contens  des  concessions 
qu'on   leur    avait    faites,     voulurent    des 
distinctions    militaires.     La     commission 
civile,  dont  le  but  était  de  tout  désorga- 
niser,  accueillit  sans  hésitation  ce  qu'elle 
aurait    dû    repousser    avec    indignation, 
et  malgré  les  remontrances  des  gens  sen- 
sés,  des  mulâtres  furent  promus  au   rang 
d'officiers    et   aux  gardes  supérieurs  dans 
tous  les  régimens  de  ligne ,  sans  avoir  passé 
parles  grades  subalternes.  Ces  promolions 
révollèrenl  les  soldats  de  tous  les  régimens 
et  principalement   ceux  du  régiment    du 
Cap,     qui    manifestèrent    la     plus     vive 
indignation   qu'on     voulût    les    soumettre 
à   des   affranchis  dont  la  plupart  avaient 
été  domestiques.  Cependant,   à   l'instiga- 
tion du  commissaire  Santhonax,les  soldats 
des  autres  corps  admirent  pour  officiers , 
dans  tous  les  grades,  des  hommes  de  cou- 


BS.'«l% 


(  56  ) 
hm;  n  n'y  eut  que  le  seul  ré^lmont  an 
A>ap,  quî  persista  dans  son  refus.  On  en 
Vînt  aux  voies  de  Un.  Vne  fusillade  s'établît 
au  miheu  de  la  ville  entre  ce  reginient  et 
les  mulâtres.  Ces  derniers,  incapables  de 
résister  a  des  troupes  de  ligne,  scriireot 
en  hâte  de  la  v.lie ,  et  coururent  se 
rallier  au  poste  du  haut  du  Cap  dont  il 
s  emparèrent,  faisant  prisonniers  tous  les 
flancs  qui  s>  trouvaient;  re'sultat  qu'on 
dut  prévoir  ,  et  qu'on  ne  prévit  pas. 

Une  grande  faute  que  l'on  commît  fut 
rfe  ne  pas  poursuivre  les  mulâtres  ÎVpée 
dans   les   rems,    leur  ôîer  le  tems   de   se 
reconnaître,     et    de    s'emparer    de  leurs 
patrons  qu  on    aurait  de  suite  embarqués 
pour  ia  France.   Mais   ce  n'était  pas  l'in- 
tention de  Santhonax  de  mettre  un  frein 
a  I  insolence  de  cette  caste.    Les  hommes 
de  couleur  furent  rappelés.  Dans   un  dis- 
cours   que    ce   commissaire    prononça  au 
champ  de  Mars  ,  il  les  félicita  sur  l'énerme 
de  leur  conduite  ,  en  leur  répétant  plu- 
sieurs fois  que  la  résistance  à  1  oppression 
était  le  plus  saint  des  devoirs. 

Des  arrestations  et  des  déportations  fu- 
rent le  résultat  de  la  journée  du  2  décem- 
bre  J792;  Santhonax,  qui  ne  cherchait 
qu  a  semer  la  discorde  entre  tous  les  par- 
tis, parvint  à  donner  à  la  commission 
€mk  une  autorité  qui  fit  tout  plier  sous 


i 


tlMWTf .-WV! 


/KSS^SSë^aBBHKâiSSëâiâg^^^ié&l 


(  ^^^7  ) 
elle,  et  fît  préjuger  d'avance  les  malheurs 
[|ui  devaient  accabler  la  colonie  de  Saint- 
Domingue. 

En  réfléchissant  sur  la  conduite  et  la 
politique  des  commissaires  civils,  on  ne 
pouvait  se  dissimuler  qu'ils  étaient  de 
connivence  avec  les  hommes  de  couleur  et 
[es  nègres  révoltés  ,  et  qu'ils  faisaient  servir 
alternativement  les  uns  et  les  autres  à 
[*exécutioti  de  leurs  projets  révolutionnai- 
res. Comment  avez-vous  traité,  pourrait- 
an  kur  dire,  les  homînes  de  couleur,  per- 
veriis  d'abord  par  voire  macbiavélisrae  , 
puis  tour-à-tour  accueillis  et  opprimes 
par  vous  j  et  les  nègres  ,  que  vous  avez 
précipités  dans  tous  les  excès ,  ne  de- 
vraient-ils pas  vous  adresser  ainsi  leurs 
plaintes  : 

«  Vous  nous  avez  rendus  barbares  et 
«  féroces,  vous  avez  mis  dans  nos  mains 
M  la  torche  et  le  poignard^  vous  nous 
«  avez  dit  :  lucendiez  ,  violez  ,  massacrez  , 
«  tel  est  le  vœu  de  l'assemblée  nationale^ 
«  soyez  sans  pitié  ,  sans  remords  ;  plongez 
u  le  fer  dans  le  sein  de  vos  maîtres;  ainsi 
((  le  veut  l'autorité  qui  brise  vos  chaînes, 
«  Produisez  les  villes  en  cendres,  faites  de 
«  la  colonie  un  vaste  désert:  à  ce  prix 
«  i-eul  vous  pouvez  conserver  la  liberté  qui 
«  vous  est  rendue,  et  que  vos  tjrans 
«  s'obslincïil  à  VQU§  refuser.  —  Ignorunset 


(58) 
a  faibles ,  comment  ne  pas  croire  aux 
«  paroles  de  ceux  qui  se  présentaienl 
%  commenos  bienfaiteurs?  pouvions-nous 
«  soupçonner  leurs  intentions?  Et  cepen- 
«  dant  vous  nous  avez  trompes!  La  liberté 
<f  n'a  enfante  ici  que  des  malheurs  et  des 
«  crimes;  Tinfortune  nous  accable;  îa 
«  mort  a  moissonne  la  moitié  de  notre 
«  caste.  A  la  place  de  maîtres  intéresses  à 
«  notre  conservation  ,  nous  n'avons  plus 
«  que  des  despotes  impitoyables,  qui  se 
«  disputent  l'honneur  de  répandre  notre 
«  sang.  Ainsi  ce  bien  si  vante,  qui  devait 
«  faire  notre  bonheur  et  notre  gloire,  est 
«  la  source  empoisonnée  de  tous  les  maux 
«  sous  lesquels  nous  gémissons,  et  la 
«  cause  du  fléau  le  plus  épouvantable  qui 
«  jamais  ait  désolé  l'espèce  humaine.  » 

Cependant,  tandis  que  Santhonax  fai- 
sait faire  des  dispositions  mihtaires ,  pour 
soumettre ,  selon  lui ,  les  brigands  du  nord, 
il  envoyait  le  mulâtre  Pinchinat  à  Saint- 
Marc  ,  pour  mettre  les  nègres  en  révolte 
ouverte. 

Une  expédition  à  la  Grande-Rivière  fut 
résolue;  Santhonax,  qui  contrecarrait  en 
tout  les  dispositions  les  plus  urgentes  à 
prendre,  fut  obligé  de  céder  au  vœu  ge'né- 
ra!.  I.e  but  de  cette  expédition  était  d'ac- 
culer les  esclaves  révoltés  dans  le  bassin  de 
la  Grande-Kiviére.  En  conséquence ,  M.  de 


:iaBHB^S£â«îiaHBHâiBi;^â;ëBi:sSji^i 


(  59  ) 
Vully,  lieutenant-colonel  du  régiment  de 
Rohan-Soubise,  et  commandant  des  trou- 
pes de  l'ouest,  les  divisa  en  piusieurs 
detachemens ,  qui  attaquèrent  les  postes 
des  rebelles  qui  s'étendaient  delà  Marme- 
lade jusqu'à  l'extrémité  du  Limbe'.  Tous 
furent  enlevés  ou  mis  en  fuite. 

Le  commandant  des  troupes  du  cordon 
de  l'est,  qui  devait  attaquer  les  rebelles 
de  cette  partie  ,  au  même  instant  que  M. 
de  Nullj  dirigeait  ses  attaques  contre  ceux 
de  l'ouest,  soit  ignorance,  soit  perfidie, 
n'ajant  pu  parvenir  à  occuper  les  hau- 
teurs qui  lui  avaient  été*  indique'es  ,  rentra 
au  fort  Dauphin,  vingt-quatre  heures  après 
en  être  sorti. 

Le  général  Lavaux,  qui  avait  sous  ses 
ordres  les  troupes  du  Cap,  se  mit  en  mar- 
che, après  avoir  partagé  son  corps  en 
trois  detachemens  ,  à  la  tête  desquels  il 
mit  des  ofïiciers  distingués  par  leur  mé- 
rite et  leur  bravoure.  Un  de  ces  detache- 
mens pénétra  dans  la  Grande-Rivière,  par 
le  côté  opposéau  fort  de  la  Tannerie  ,  dont, 
après  un  combat  assez  vif ,  il  parvint  à  s'em- 
parer. Biassou  ,  un  des  chefs  des  révoltés  , 
qui  le  défendait,  saisi  d'effroi,  et  crai- 
gnant de  ne  pouvoir  effectuer  sa  retraite, 
abandonna  le  champ  de  bataille  avec  ses 
soldats.  De  ce  moment  ce  ne  fut  plus 
qu'une  déroute.  M.  de  Piussyç  à  la  tête  ds 


K^^'^Va 


(  6o  ) 
ïa  cavalerie ,  pënetra   dans  la  plaine  de  la 
Grande- Rivière,  et  poursuivit  les  fuyards. 

Mais  cetîe  expédition,  exécutée  le  i8 
janvier  1795^  qui  eût  eu  le  plus  grand  suc- 
ces  ,  SI  elle  eût  été  mieux  concertée,  ou  si 
des  causes  secrètes  n'en  eussent  empêche' 
l'heureux  résultat,  devint  presqu'inutile. 
En  commettant  la  faute  d'attaquer  trop 
tôt  les  nègres  ,  Qn  se  mit  dans  l'impossibi- 
lité de  les  entourer  et  de  les  circonscrire. 
Ces  derniers  s'enfuirent  dans  les  monta- 
gnes, à  l'orient  de  la  Grande-Rivière,  et 
dans  celles  du  Dondon  ,  qui  n'étaient  point 
occupées  par  les  blancs.  On  se  rendit 
maître  néanmoins  du  Dondon,  et  M.  de 
Nully  fit  mettre  bas  les  armes  à  quatre 
cents  nègres,  qu'il  avait  rencontrés  dans 
sa  marche. 

Tous  ces  succès,  quoiqu'incomplets,  au- 
raient été  suivis  de  résultats  assez  heureux 
pour  la  colonie,  si  Santhonax,  par  sa 
conduite  et  ses  arrêtés,  ne  fût  parvenu 
à  les  rendre  presque  nuls. 

A  la  même  époque,  on  vit  éclater  une 
insurrection  nouvelle  dans  la  plaine  du 
Cul-de-Sac.  Le  fameux  Borel,  capitaine- 
général  du  Port-au-Prince ,  marcha  à  la 
tête  de  quinze  cents  hommes  contre  les 
insurgés,  et  fit  arrêter  M.  de  Jumécouft, 
maire  de  la  Croix-des-Bouquets ,  et  M. 
Coulard ,  maréckal-decainp  et  ancien  gou- 
verneur, 


(  6i  ) 
l'erneur,   pir  intérim  ^  qn'il  fît  conduire 
dans  la  prison  du  Port-au-Prince. 

Tout  était  dans  la  confusion;  on  ne 
j'entendait  plus,  ou  plutôt  on  ne  voulait 
plus  s'entendre.  Les  prétentions  des  muiâ- 
Lres,  la  re'volte  des  nègres,  la  haine  des 
:oramissaires  contre  les  blancs  qu'ils  as- 
piraient à  dépouiller  entièrement  de  leurs 
propriétés,  n'étaient  pas  propres  à  faire 
:esser  les  troubles  et  les  divisions  dans  la 
:o!onie. 

Polvereî  et  Sanlbonax  se  rendirent  à 
Saint-Marc,  où  ils  firent  exécuter^  à  l'e- 
templede  la  métropole,  toutes  les  jongle- 
ries révolutionnaires,  comme  rhj'-înne  des 
Marseillais ,  et  Ça  ira,  et  publièrent  des 
proclamations  pour  justifier  leur  armement 
contre  le  Port  au-Prince,  qu'ils  préten- 
daient avoir  méconnu  leur  caractère,  et 
i^ouloir  en  même  tems  se  soustraire  à  la 
i^olonté  nationale. 

La  municipalité  du  Port-au-Prince,  ef~ 
Frajée  des  préparatifs  formidables  qu'on 
faisait  contre  celte  ville  j^avait  beau  en  de- 
tnanderla  cause;  on  ne  lui  répondait  point; 
elle  avait  beau  prouver  qu'il  était  aussi  f  b- 
jnrde  qu'inutile  d'armer  contre  une  vjlle 
soumise;  même  silence; sa  perteétaif  réso- 
lue. Sur  ces  entrefaites,  on  apprit  a,  Saint- 
Marc  la  défaite  des  mulâtres  de  Jérémie^ 
cette  nouvelle  hâta  le  départ  de  l'armée 
St,'Domingue.  D 


■^^'^» 


(   62    ) 

destinée  contre  le  Port-au-Prince,  arme 
qui  fut  renforcée  par  tous  les  ÎDrigands 
les  vagabonds  et  les  esclaves^  se'duiis  p£ 
les  promesses  qu'on  leur  fit  du  vol  et  d 
brigandage,  qu'ils  pourraient  exercer  im 
pune'raeîit.  Celte  mesure,  qui  re'volta  beai 
coup  deraonde,  et  surtout  les  proprîëtai 
res mulâtres, deîer.TiinaSaiithonax,  maigi 
lui,  à  défendre  lotit  enrôlcaient  d'esclaves 
qui  était,  ajonîa-t-il ,  une  violation  de  la  î< 
fondamentale  du  regisne  des  colonies. 

Nous  allons  maintenant  transcrire  1( 
fragment  de  deux  adresses  des  hommes  d 
couleur  de  Snint-lVlarc  e!  de  la  Croix-dc5 
Bouquets  qui  parurent  alors.  Ils  sor 
propres  à  faire  juger  quel  était  l'espr 
qui  auiiinait  cette  caste,  et  qu'elle  était  1 
moralité  des  personnes  qui  jetaient  paru 
les  individus  qui  la  composaient,  k 
brandons  de  la  discorde  et  de  la  révolte. 

«  Eni^urons,  disaient  les  premiers ,  U 
«  délègues  de  !a  republique,  faisons-Ieu 
«  un  rempart  de  nos  corps  •  leurs  jou! 
«  sont  menacés.  Que  nos  têtes  lomben 
«  mille  fois  sous  les  coups  de  nos  ennemis 
«  plutôt  que  de  laisser  avilir  un  instant  le 
«  lois  delà  rc-pnbliquel  Que  nos  ennemi 
«  tremblent  eu  voyant  la  courageuse  ar 
<(  deur  que  nous  allons  mettre  à  o Itérer  e 
«  anéantir  ccfîe  faction  insolente,  dor 
«   le   foj^er  se   trouve   au  Port-au-Prioce 


(65  ) 
Jnrons  tous  de  ne  point  revenir  mjc  Te 
dertner  ne  sott  extersiiiiie  I  F.l  vous^ 
ciunens,  régénères  comsne  nous  ,  vous 
que  ces  sceicrals  crible's  de  d*  Ues  et  de 
critiies  appelaient  autrefois  pelits-blancs; 
vous  qu'ils  caressent  bassement ,  ne 
vous  laissez  point  ailerà  leurs  suggestions 
perfides!  Amis,  plus  de  repos,  plus  de 
grâce j  écrasons  cette  vermine  infecte 
qui  porte  la  désolation  jusque  dans  nos 
mornes  les  plus  recuîe's  j  songeons  que  les 
ennemis  extérieurs  défendent  impérieu- 
senaent  de  composer  avec  les  agitateurs 
qiîi  sont  dans  notre  sein  ,  et  purifions 
par  la  mort  celte  terre  encore  furaante 
de  sang  et  de  crimes.  » 
(P  Volons,  chers  atnis ,  s'e'criaient  fes  se- 
conde, volons  au  siège  du  Port-au- 
Prince*  plongeons  nos  bras  ensanglantés^ 
vengeurs  du  parjuroct  de  la  perfidie,  dans 
le  sein  de  ces  montres  d'Europe;  assez  et 
trop  long-lenns  nous  avons  servi  de  jouets 
à  leurs  passions  et  à  leurs  manœuvres  in- 
sidieuses; assez  et  trop  long-tcms  nonâ 
avons  gémi  sous  un  joug  de  fer.  Détrui- 
sons nos  tjrans  ;  ensevelissons  avec  eux 
jusqu'au  moindre  vestige  de  notre  igno- 
minie :  arrachons  jusqu'aux  racines  les 
plus  profondes  cet  arbre  du  préjugé  r 
engagez  les  uns,  intimidez  les  autres;  pro-^ 
mutiez^  menacez  ;  entraînez  dans  notre 

D  k       ■ 


i 


(64) 
u  marche  les  citoyens  blancs  et  vertueux; 
«  mais,  surtout ,  chers  amis,  union  ,  ce'lë- 
«  rite,  courage!  Amenez  armes  ,  bagages  , 
«  munitions  de  guerre  et  de  bouche,  et 
«t  -venez  de  suite  vous  rallier  sous  l'e'len- 
«  dart  commun.  C'est  là  que  nous  devons 
«  tous  périr  ou  venger  Dieu,  la  nature, 
«  la  loi,  et  l'humanité  si  long-tems outra- 
«   gés  dans  ces  climats  d'horreur.  » 

Ces  adresses  ,  qui  avaient  été'  dicte'es  par 
les  commissaires,  répandirent  Teffroi  et 
la  terreur  dans  toute  la  colonie ,  mais 
principalement  dans  la  ville  du  Port-au- 
Prince,  qui  voyant  enfin  que  toute  voie  de 
conciliation  lui  e'tait  fermée  par  les  pro- 
consuls ,  résolut  de  repousser  la  force  par 
la  force  et  de  s*enseveiir  sous  ses  murs  : 
résolution  digne  des  plus  grandes  éloges, 
mais  qui  ne  fut  pas  soutenue,  comme  on 
le  verra  par  la  suite. 

Cependant  les  commissaires  ,  embarqués 
à  bord  de  VAwéricay  voulurent  diriger 
oux-mêmes  les  forces  maritimes  contre  le 
Port-au-Prince,  tandis  que  les  généraux 
Lasalle  et  Desfourneaux  s'avançaient  par 
terre  à  Ta  tête  de  leurs  troupes. 

La  municipalité,  à  la  vue  de  telles  for- 
ces dirigées  contre  la  ville  ,  eut  beau  faire 
des  protestations  contre  l'attaque  qu'on  se 
préparait  à  faire  contre  elle,  et  accuser 
de  violence  et  de  tyrannie  les  commissai- 


TlMWnffllIIW 


^■BâffiS^SS^MâaHHHBâBiSgSââisS;^^ 


(  65  ) 
r<»» ,  rien  ne  fut  écoute;  le  lo  avril  1795  j, 
ces  mêmes  commissaires  envoyèrent  une 
lettre  à  (a  municipalité',  par  laquelle  ils 
lui  enjoignaient  de  rendre  la  ville  dans 
vingt-quatre  heures.  Une  pareille  pro- 
position souleva  tous  les  esprits,  et  on  se 
prépara  à  une  vive  défense.  Mais  la  force 
n  est  pas  toujours  à  côté  de  la  justice  et 
du  bon  droit  Le  terme  de  vingt-quatre 
heures  e'iait  à  peine  expire',  que  les  vais- 
seaux commencèrent  à  tirer  sur  la  ville. 
Deux  mille  boulets  furent  lance's  sans  in- 
terruption ,  et  le  feu  commençant  à  se  ma- 
nifester dans  divers  quartiers  ,  la  désola- 
tion et  le  de'couragement  s'emparèrent 
deshabitans,  qui  résolurent  alors,  pour 
faire  cesser  les  horreurs  du  siège  ,  de  se 
rendre  à  discrétion. 

Les  commissaires  ,  enorgueillis  d'une  vic- 
toire remportée  aussi  lâchement,  ne  tar- 
dèrent pas  à  apprendre  à  la  ville  par  une 
proclamation,  comment  ils  prétendaient 
user  des  droits  du  vainqueur.  Comme  l'ar- 
gent est  bon  en  tout  tems  ,  ils  commencèrent 
à  frapper  les  habitans  d'une  taxe  de  400,000 
francs.  A  cette  taxe  succédèrent  le  pil- 
lage ,  les  vexations  ,  les  proscriptions.  Cinq 
cents  d'entre  les  habitans  furent  arrêtés , 
et  déportés  sur  les  différens  bâtimens  de 
î'état.  On  ne  crut  nullement  nécessaire  de 
les  entendre  et  de  les  juger.  De  telles  for- 

D5 


(66) 
malites  ne  convenaient  pas  au"X  eom-- 
missaires  Satithoiiax  et  Polverel ,  dont  les 
senlimens  bien  connus  et  la  conduite  re'- 
volulionnaire  ne  tendaient  qu'à  mettre 
tout  en  combustion.  Aussi  favorisaient-ils 
les  prelentions  sans  bornes  des  mulâtres. 

Après  avoir  commis  toutes  les  exactions 
possibles  au  Porl~au-Prince^  re'composé 
toutes  les  autorités ,  et  déporté  un  grand 
nombre  de  ses  habitans^  les  commissaires 
organisèrent  un  corps  de  nègres  esclaves  y 
enlevés  à  leurs  maîtres  ,  auxquels  ils  don- 
nèrenS  la  !iberlé,et  dont  ils  eomposèrent 
une  le'gion  dite  de  Feg alite. 

AJacmel,  où  ils  se  rendirent  ensuite, 
ces  commissaires  agirent  à  peu  près  comme 
ils  avaient  iail  au  Port-au-Prince. 

La  Grande-x\nse  restait  à  soumettre.  IIs^ 
envoyèrent  Pinchinat  et  Rigaud  à  Jére'- 
mie,  à  la  tête  de  près  de  neuf  cents 
hommes ,  pour  réduire  les  quatre  parois- 
ses prétendues  rebelles  ,  avec  des  pouvoirs- 
très -étend  us.  Le  conseil  ge'nëral  de  la 
Grande-Anse  ,  qui  avait  le  plus  grand  in- 
térêt Jï  prévenir  l'orage  qui  était  prêt  à 
fondre  sur  elle,  envo_ya  une  députation 
au  caiTip  des  mulâtres,  pour  leur  faire 
des  propositions  ,  et  en  venir  à  un  ac~ 
comii.edeinenh  Le  mulâtre  Pinchinat  re- 
jeta avec  insolence  les  conditions  raison- 
nables des  d^'put^'s  ,  eu  leur  faisant  eii'- 


iiflifraiiiiiii— 


'^SSSâ^S^^tëSCi 


n  Jre  qne  le  jour  de  la  vengeance  é 
rive.  t{  On  ne  veut  pas  de  conditions  ,  rap- 
portèrent à  leur  retour  ies  députés  au 
comeil  assemble,,  i!  faut  vous  soumettre 
proaîplement  à  la  discxélion  de  vos  bar- 
bares ennemis.  » 

Après  une  telle  re'poiîse,  il  u'y  avait 
usa  balancer;  et  les  blancs,  justement 
dignes  des  prétentions  audacieuses  de 
s  miïlâtres  ,  et  ne  consultant  plus  que 
ar  désespoir,  résolurent  de  s'ensevelir 
us  les  débris  de  leurs  habitations.  Les 
mmes,  même  ,^  partageant  U!î  dévoue- 
eut  si  sublime,,  sortirent  de  la  ville,  et 
ièrent  se  réfugier  dans  un  camp  établi 
ir  une  hauteur  inaccessible.  Tout  le- 
onde  prit  les  armes  ^  tous  les  enclaves 
irent  enrôlés  comuie  soldats  ,  et  le  fameux, 
rment  de  vaincre  ou  de  mourir  fut  pro- 
ancé  avec  un  enthousiasme  qui  devait 
re  suivi  et  couronné  du  succès»  Le& 
îus  petit-  s  armées  furent  bientôt  en  pré-!- 
nce»Les  blancs  fondirentavec  irapétiro- 

é  sur  les  mulâtres,  et  après  un  combat 
ni  ne  fut  pas  un  instant  douteux,  ils  lesi 
lillèreoten  pièces.  L'insolentPiîichinat  ^ 
arcelé  de  loutes  parts  ,  après  avoir  perdiik 
uatreou  cinf|  cents  des  siens,  fat  obligé' 
e  prendre  honteasem.ent  la  ^"uitc. 

Cette  déroute  des  mulâtres  dérangeai 
n  peu  les^  pïo[ei&  des  eosuaissaws  Saia* 


ëfin 


'mm» 


f  68  ) 
tlîonax  et  Poîvereî ,  mais  ne  les  rebut? 
point.  Maigre  la  soif  de  la  vengeance  qu 
les  dévorait,  ils  sévirent  force's  de  remelln 
à  d'aiitio  tems  les  mesures  propres  à  sou- 
mettre les  habjîans  de  la  Grande-Anse, 
Ce  qui  ne  les  empêcha  pas ,  avant  de  quit- 
ter !e  Port-au  Prince  ,  de  publier  dos  pro- 
clamations et  des  reglemens  relatifs  am 
Tîègres,  rédiges  en  patois  nègre,  dans  leS' 
quels  ils  apprenaient  à  la  classe  des  noir; 
que  l'insurreclion  était  le  plus  saint  de; 
devoirs. 

Sur  ces  entrefaites  ,  arriva  à  Saint-Do- 
mingue M.  Galbaud  ,  nommé  gouvernem 
général  de  l'île.  Quand  aux  commissaires  . 
ils  retournèrent  au  Cap. 

Deux  jours  après  son  arrivée,  le  gou- 
verneur général  fit  une  proclamation, 
dans  le  genre  de  celles  que  faisait  la  Con- 
vention nationale,  et  dans  laquelle,  er 
vertu  de  la  sublime  loi  dn  républicanisme  . 
on  sappait  les  véritables  fondejnens  de 
îa  société,  tout  en  prêchant  l'égalité  et 
îa  fraternité. 

M.  Gaîbaud  sur  qui  les  colons  avaieni 
fondé  queîqu'espoir,'pour  faire  cesser  Ig 
désordre  des  finances  et  rétablir  la  tran- 
quillité, se  montra  au-dessous  desa  place  , 
par  son  incapacité  dans  toutes  les  bran- 
ches de  radrainistralion.  A  Fépoque  où 
ce   gouverneur    général    arriva   à    Saint- 


i 


(69) 
DorainguG,   maigre    la    taxe  subvention- 
nelle  établie  par  les  commissaires  dépré- 
dateurs j  la   colonie  sans  argent  manquait 
absolument  de  tout. 

Ce  gouverneur  gene'ral  avait  bien  ap- 
porte' avec  lui  une  somme  de  1,800,000 
francs  ;  mais  il  prétendait  qu'on  ne  devait 
y  toucher  qu'à  la  dernière  extrémité', 
attendu  que  c'était  le  dernier  sycrifîce 
que  la  métropole  pouvait  faire  pour  sa  co- 
lonie; en  conséquence,  on  crut  devoir 
chercher  d'autres  ressources  ,  et  emplojer 
de  nouveaux  mojens;  et  M.  Galbaud  , 
à  la  suite  d'une  proclamation  dans  laquelle 
il  exposait  les  besoins  de  l'île,  convoqua 
au  Cap  ,  le  18  mai  179^,  une  assemblée 
extraordinaire  ,  à  laquelle  furent  appele's 
la  municipalité,  les  membres  delà  cham- 
bre de  conuiifrce  de  la  ville  ,  le  comman- 
dant de  la  station  ,  un  grand  nombre  d'of- 
ficiers de  la  marine  et  plusieurs  capitai- 
nes   marchands. 

Dans  celte  assemble'e ,  le  gouverneur, 
après  avoir  fait  le  tableau  du  de'nuement 
où  se  trouvaient  toutes  les  parti  es  matérielles 
de  l'administration  ,  annonça  qu'il  ne  dou- 
tait pas  que  les  républicains  ne  s'imposas- 
sent des  sacrifices  pour  venir  au  secours  de 
la  chose  publiqne, 

M.  Galbaud,  qui  probablement  ne  se 
«entait  pas  propre  à  entrer  dans  des  détails 


(  70  ) 
Cfiu  lai  étaient  peut-être  e'trangers,  chargea 
le comiïiisaire-ordonnateur  Masse,  qui  était 
venu  de  France  avec  lui  »  de  les  exposera 
l'asseiiiblee:  celui-ci  proposa  donc  pour 
remplir  les  vues  du  gênerai  ,  «  qu'une  vi^te 
«  ^e'nerale,  faite  par  uue  commission  ad 
«  Jioc  ,  eût  lieu  à  l'effet  de  connaître  les 
«  quantités  d'oLjets  de  subsistance  et 
«  autres  ,  ne'cessaires  au  service  de  l'adrai- 
«nistraîion,  exisîar|tes  dans  la  ville  dut 
«  Cap,  d'après  l'état  signe  par  elle,  vise  par 
«  la  municipalité,  présenté  à  la  commis- 
«  sien  intermédiaire  et  approuve'  par  le  ge'- 
«  fierai  j  qu'en  outre  il  fût  convoque  une 
«  assemblée  composée  des  capitaines  et  des 
«  chefs  des  maisons  de  cotnmerce,  la- 
«  quelle  réunie  à  l'asseniblee  délibérante  ce 
«jour,  fixerait  le  prix  d'estimation  com- 
«  mercia!e  des  objets  qui  auraient  étélivre's 
«  au  magasin  général ,  ai  dont  le  paiement 
«  devait  se  faire  en  traites  sur  la  trésorerie 
«  nationale.  « 

Cet  ordonnateur,  qui  était  à  la  hauteur 
des  circonslaoces  ,  pérora  beaucoup  dans 
cette  asseniblée  ,  et  ne  dissimulant  point  ses 
sentimens  républicains  ,  termina  son  dis- 
cours par  celte  phrase  remarquable: 

«  Dans  un  tems  de  révolution,  on  n'a 
«  plus  le  choix  des  moyens,  et  on  aurait 
«  tort  de  se  montrer  trop  scrupuleux  î  le  he-* 


C  70 
¥  soin  îe  pins  essentiel  est  de  Targent^  celte 

«  îicccssile' jtislifje  tout  (ï).    » 

Cependant  ,  les  Anjjjlais  qui  tenaient 
alors  la  mer,  faisaient  !e  plus  grand  lort 
au  commerce.  On  se  plaignait  hautement 
que  les  comiaissaires  Santhonax  etPolverel 
ne  prenaient  aucun  mr.yen  pour  s'opposer 
aux  pirateries  des  corsaires  de  ceîte  nation. 
Ceux-ci  so<xH*ièrpn*  M.  de  Cambis,  cern- 
mandant  de  la  sîntion  française  ,  de  se 
meîîre  en  mer,  pour  protéger  le  comniprce 
de  File.  Celui-ci  leur  répondit  que  les  vais- 
seaux de  la  république,  dënucs  d'agrès  et 
de  maîelots  ,  se  trouvaient  condamnes  à 
rester  en  rade.  Meîtcz-moi,  ajontail-il,  en 
el.nt  de  tenu-  la  n^er-  aulorisez-moi  à  com- 
pléter mon  eq'npnge,  et  bientôt  je  ne 
serai  plus  dans  le  porl. 

On  voit  que  la  division  existante  eritre  le 
commandant  de  la  station,  les  commissaires 
civils,  et  le  gouverneur  genf'ral,  ne  pou- 
vait contribuer  qu'à  accélérer  la  perte 
de  la  colonie.  Les  h.ibitans  du  Cap,  réduits 
à  opter  entre  le  despotisme  des  comtnîs- 
saires  civils  et  celui  du  gouverneur,  prefë- 


(i)  Véritable  langage  d'un  comnusînire-orclnn- 
uaieur,  qui  sait  pertinomm  ni  que  l'argent  e^l  !e 
nerf  des  effaires  ,  q  i'ii  fait  presque  Toujours  à  soa 
avaruage,  au  détriment  de  la  chose  publique. 


I 

i 


;(  72  )  _ 

rèrent  le  premier  :  aussi  vit-on  bientôl 
revenir  au  Cap  Santhonax  et  Polverel. 
Leur  entrée  dans  celte  ville  fut  une 
espèce  de  triomphe  pour  eux  et  pour  les 
mulâtres,  la  proclamation  suivante  mani- 
festa leurs  intentions  : 

«  C'est  pour  vous  ,  citoyens  re'gene're's  , 
«t  que  la  Re'publique  nous  a  envoye's  à 
«  Saint-Domingue-  c'est  pour  que  vous 
«  jouissiez  enfin  des  droits  que  vous  tenez 
«  de  la  nature,  et  dont  la  Convention  a  , 
«  la  première,  de'roulé  la  charte  aux  yeux 
«  du  monde,  qu'elle  nous  a  investis  de 
«  sa  toute-puissance.  Nous  serons  dignes 
«  de  sa  confiance;  nous  remplirons,  ^ci 
«(  de'pit  de  tous  les  malveiîlans  ,  et  maigre 
«  les  obstacles  que  tant  d'inte'rêts  divers 
a  nous  opposent,  la  mission  honorable 
«  dont  elle  nous  a  charges  ;  vous  pouvez 
«  compter  sur  notre  fermeté'  et  notre 
le  dévouement.  Ils  seront  appujëfe  par  tou- 
«  tes  les  forces  de  la  Re'publique;  elle  veut 
«  la  liberté'  et  l'e'galité  entre  tous  les  hom- 
«  mes.  Sans  ces  deux  biens ,  il  n'est  point 
«  de  boHheur  sur  la  terre.  Cette  doctrine 
«  est  devenue  l'eVangile  de  la  France  ,  elle 
a  sera  celui  du  monde  entier.  Il  faut  que 
«  toutes  les  monarchies  aillent  s'englou- 
«  tir  dans  le  torrent  de  la  démocratie 
«  universelle.  Une  politique  nouvelle  va 
«  présider  au  sort  des  nalioas.  La  philo- 

«  Sophie 


SgS^i9HBH9B^>âasSjlâ6r<< 


(75) 
c  Sophie  qui  Ta  créée  ne  sera  plus  une 
«   science  sle'rile,  une  spéculation  impuis- 
a  santé.  Ljcurgue,  Solon,   Numa  ,    n'ont 
¥  e'icf  que  des  ignorans,    des  fourbes  ou 
«  des  v'i».io(inaiie>  ;    Charlernague  ,   Char- 
«  lesV,  Louis  IX,    Henri  IV,  Louis  XIV^ 
«   que  des   despotes  dont  la  me'moire  et 
«  les    lois   doivent  être    ^n  horreur.    Ils 
((  voulaient  régner    par  les   pre'juge'sj   ils 
«  pre'tendaient     que    Je    corps     politique 
«  devait  reposer  sur  la  propriété';   pe'risse 
«  ce  s^'Stêaieî  La  liberté  la  plus  illimite'e, 
«  re'galite    la    plus    rigoureuse,    voilà    le 
«  véritable  patrimoine,  les  seules  richesses 
«  de  rhomme!  Non,    quoi  qu'en    disent 
M  tous  ses  détracteurs  ,  il  n'est  pas  ne'  pour 
«  vivre  dans   une  stupidité  profonde.    Ce 
«  qui  le  distingue  de  brutes,  ce  sont  ses 
cf  passions.   Piéveillons  leur  activité,   bri- 
tt  sons  le  frein  de  nos  lois  barbares  qui  le 
«   compriment,  et  que,  renluà  lui-même, 
ce   dégagé   de   ses  vieilles^  idées,    guéri   de 
«  toutes   les  superstitions ,   maître  unique 
c   de  ses  volontés,   digne  enfin   de  U  na- 
«  ture  qui  le  créa  indépendant  et  libre  ,  il 
«  jouisse  de   la   plénitude  des   droits   que 
«  peut  comporter  son  être. 

«(  Et  vous,  classe  jadis  humiliée  sous  le 
«  nom  de  petits  brancs,  vous  qui,  comme 
«  les  autres  citoyens,  av*  z  des  droits 
«  imprescriptibles  à  réclamer^   vous  qui , 


S  t. "Dominique, 


£ 


.  .^  74  ) 
«f  non  moins  avilis  et  méprises  qu'eux  ps 
«  les  superbes  planteurs,  devez  trouve 
«  dans  votre  re'union  la  force  de  venge 
«  des  injures  communes;  connaissez  vc 
«  véritables  intérêts.  Vous  n'avez  qu'à  1 
«  vouloir,  etvoussorlirezde  î'ëtatd'opprc 
ce  bre  dans  lequel  vous  retient  impitojabb 
M  ment  celte  caste  orgueilleuse.  Oui,  nu 
«  amis  ,  désirez  d'être  riches  ,  et  vous  ] 
«  deviendrez;  osez  vouloir  être  puissans 
<c  et  bientôt  vous  commanderez  à  ceux-1 
«  même  qui,  par  leur  despotisme,  or 
tf  mérite  la  haine  et  la  vengeance  du  peu 
w  pîe  dont  ils  ont  dédaigne  la  reconnais 
«  sauce  et  m.éconnu  la  souveraineté.  » 
'  '  >Onpeutaiséments'imaginerrimpressio 
i  que  devaient  faire  sur  les  mulâtres  et  U 
"  iîiègées  de  pareils  discours,  et  la  conster 
'  nation  qui  dut  se  répandre  parmi  les  persor 
ïîes  qui  ne  voulaient  que  Tordre  et  la  trar 
^  qoilîilé.  Un  des  articles  du  Moniteur  qi 
-s'imprimait  au  Cap,  et  qui  était  sons  l'in 
fluence  des  commissaires,  publia  que  1 
jour  d'une  grande  révoîulicn  était  prè 
d'arriver  :  «  En  vain  ,  ajoutsit-il ,  les  roja 
«  listes  se  flattent  d'un  changement  ^  « 
«  soupirent  après  l'apparirion  d'un  pavii 
«  Ion  étranger,  qu'ils  sachent  que  le  pre 
«  mier  coup  de  canon  tiré  sur  le  territoir 
«  de  Saint-Domingue  ,  retentira  dans  lot 
«(  le  golfe  du  Mexique,  et  sera  le  sigu£ 


—Il    ■  I      I    M 


(■75    ) 

c   die  la  porte  ^es  Antilles  pour  FEurope. 

A  celte  époque  ,  l'adjudant  gênerai  Gal- 
)aud  ,  frère  du  gouverneur  gênerai ,  s'était 
jerriiis  quelques  propos  contre  les  corarais- 
iaires.  Ces  derniers  n'y  furent  pasinsensi^ 
îles,  mais  ils  dissiœulèreut  pour  le  mo- 
nent  leur  ressentiment,  se  promettant 
>ien  de  s'en  venger  à  la  première  occasion 
favorable.  Mais  il  était  important  pour  les 
:ommissaires  ,  avant  tout ,  d'arracher  cet 
adjudant  des  camps  et  postes  qu'il  com- 
nandait,  et  de  l'attirer  au  C^p  où  il  ne 
eur  serait  pas  difficile  de  le  calomnier,  et 
[e  le  livrer  à  la  merci  de  ses  ennemis. 

Le  frère  du  gouverneur  ge'ne'ral  avait  la 
confiance  de  tous  les  militaires,  parce 
qu'ils  avaient  reconnu  en  lui  des  talens  ,  de 
la  fermeté  et  du  courage,  et  surtout  une 
opposition  bien  déterminée  aux  opinions 
et  aux  actes  des  commissaires.  Le  gou- 
verneur général  avoit  commis  beaucoup 
de  sottises ,  son  frère  pouvait  les  réparer, 
mais  on  ne  lui  en  laissa  pas  le  tems. 

Un  événement  inattendu  prouva  que  les 
commissaires,  beaucoup  plus  adroits  ou 
plus  audacieux  que  leurs  adversaires  ,  sa- 
vaient agir  quand  ces  derniers  perdaient 
le  tems  à  délibérer.  On  apprit  au  Cap  que 
la  commission  civile  avait  fait  arrêter  et 
conduire  aux  prisons  de  Saint-Marc 
M.  Duquesne,  ancien  officier  de  la  ina- 
^  E2 


^ 


■w 


i 


(  76  ) 

rîne,  et  propriétaire  aux  Gonaïves,  où 
commandait  un  corps  Se  volontaires. 

Le  motif  de  son  arrestation,  a^lle'gi 
par  les  commissaires,  ëlait  d'avoir  ù 
fusiller,  de  sa  propre  autorité  ,  quatre  bf 
gands,  pris  les  armes  à  la  main,  au  li< 
de  les  renvoyer  pour  être  juge's ,  devant  i 
tribunal  spécial  institué  depuis  quelcju 
jours  par  Santhonax. 

Cet  abus  d'autorité  révolta  tous  les  oH 
ciers,  l'adjudant-général  Galbaud,  et  su 
tout  la  paroisse  des  Gonaïves  dont  i 
gardes  nationaux  indignés  voulaient 
transportera  Saint-Marc,  pour  enfono 
les  prisons,  délivrer  leur  capitaine  et 
soustraire  au  tribunal  qui  devait  le  juger. 

Une  démarche  aussi  violente  pouv3 
entraîner  des  conséquences  dangereuse! 
on  préféra  envoyer  un  député  au  Caj 
poursonrîer  les  dispositions  du  gouvernei 
général,  à  l'instant  où  les  circonstanc 
présentaient  quelques  chances  favorables 
pour  entraver  les  dispositions  hostiles  é 
commissaires.  Ce  député  eut  une  couf 
rencp  avec  l'adjudant  général  Galbaud 
dans  laquelle,  après  avoir  fait  un  tabler 
véridiquedu  despotisme  des  Cimmissairpj 
et  de  leurs  procédés  aussi  iu justes  que  cr 
îninels  envers  les  principaux  officiers  mil 
îaires  de  3aînt-Poiainguej  il  se  rosmm 
aiasi  : 


ik^ 


s^ss^sa^mmi^MsssssB^mù 


_  (  77  ) 
«  Voilàlefruit  delà  faiblesse!  Le  système 
de  la  modération  a  perdu  tous  los  géné- 
raux. Vous  êtes  perlus,  vous  et  votrç. 
frère,  si  vons  suivez  leurs  traces.  En  vain 
vous  soumetlrez-vous  à  deve^iir  l'ins- 
trument des  barbares  desseins  de  nos 
communs  ennemis;  vous  ne  leur  ins- 
pirerez aucune  confiance.  Le  seul  moyen 
d'éviter  votre  ruine,  qn'ils  ont  dëja  ju- 
re'e,  c'est  de  vous  rendre  forts  et  redou- 
tables. Vous  trouveriez  cet  avantage  aux 
Gonaïves  :  les  troupes,  les  habitans, 
leur  fortune,  tout  est  à  vos  ordres,  on 
n'attend   que  vous.    Venez,   par    votre 

f)re'seace,  sauver  Tinnoctnce  et  la  va- 
eur  opprune'es  dans  la  personne  de 
M.  Duquesnt^;  faites  cesser  le  scandale 
de  voir  deux  mise'rables  ergoteurs  en 
imposer  à  tous  les  ge'ne'raux  j  vengez  la 
morale,  la  probité',  la  justice,  auda- 
cieusement  foulées  aux  pieds  par  deux 
scélérats  dignes  des  derniers  sup[)Uces. 
Délivrez  enfin  la  colonie  gémissantf  sous 
le  plus  bonlf-ux  esclavage,  et  dont 
vous  et  M.  le  général  êtes  la  dernière 
espérance.  » 

L'adjudnnt  général,  sans  s'expliquerposî- 
'ement,  donna  à  entendre  au  député, 
l'il  serait  urgent,  avant  de  faire  ar.cune 
ntative,  de  connaître  l'epinion  politique 
:s  habitans  de  la  paroisse  des  Gonaïves  i 

ES 


'^ 


*         (  7^  ) 

«(  Elle  n'est  pas  douteuse,  fui  repîîqui 
«  ce  dernier,  nous  sommes  tous  royaliste 
«  et  par  conséquent  gens  d'honneur  (i) 
«  au  défaut  du  succès,  il  nous  reste  ud 
«  ressource;  les  Espagnols  nous  donne 
«  ront  asile,  nous  en  avons  l'assurance. 

M.  Galbaud,  attaché  au  nouvel  ordr 
èe  choses,  ou  par  principe,  ou  par  intérêt 
fut  surpris  de  cette  proposition  ,  et  aprè 
un  moment  de  réflexion  il  s'établit  entr 
U  député  et  M.  Galbaud  le  dialogue  sui 
vant  : 

«  M.  Galbaud.  J'ai  été  retenu  quel 
«  ques  instans  par  la  différence  de  ne 
«  opinioïîs;  mais,  tout  bien  considéré 
«  cet  obstacle  n'est  pas  invincible  ;  on  n'e« 
«  pas  toujours  d'accord  quaud  on  veut  1 
«  bien.  Néanmoins,  je  dois  vous  déclare 
«  ici  que  l'intervention  des  Espagnols  ei 
«  une  chose  à  laquelle  il  ne  faut  plus  per 
«  ser. 

«  Le  Députe'.  Et  pourquoi  se  prive 
«   d'un  appui  aussi  utile  ? 

«  M.  Galbaud.  Nous  avons  sur  ceti 
«  puissance    des    desseins    incompatible 


(i)  Rojalîste  et  homme  d'honneur  %  ces  (îe« 
mots  ne  sont  pas  synonymes;  la  révolution  fran 
caise  nous  a  appris  ce  qu'on  «levait  penser  de  c< 
roj^aiisies ,  hommes  d' honneur i 


ssss^^i^ 


i^3ÊEiS^S;^â^ù 


{  79  ) 
K   avec  ceux  que  vous  proposez;  elle  doit 
«être   la  preiDière  punie  de    la   coaiiiioo 
«   formée  contre  la  France. 
«   Le  Député.  Comment  ? 
«   M.  Galbaud.  En  s'emparant  de  son 
«   territoire. 

«  Le  Député.  Vous  attendes  donc  de 
«  grandes  forces;  car  une  guerre  nouvelle 
«  avec  les  Espagnols,  lorsque  nous  ne 
«  sommes  pas  en  ëtat  de  resisler  aux  escla- 
«  ves  ,  me  parait  une  folie  aussi  absurde 
«  que   dangereuse. 

«  M.  Galbaud.  Pas  aussi  absurde  que 
vous  le  pensez  ;  est-il  imposible  de 
réunir  tous  les  nègres  révoltes,  en  les, 
rendant  libres,  d'en  faire  une  armée 
formidable,  appelée  à  la  conquête  de 
l'île  entière  et  à  de  plus  hautes  destinées; 
«  Le  Député,  J'ai  bien  entendu  parler 
«  vaguement  d'une  entreprise  à  peu  près 
«  pareille,  mais  je  n'ai  pu  croire  qu'on 
«  désirât  sérieusement  la  mettre  à  es-ecu- 
«  tion.  Je  ne  me  serais  pas  doute  que  vous, 
«  colon,  voulussiez  concourir  à  un  plan 
«  forme  par  les  commissaires,  et  qui  sans 
«  rien  changer  au  cours  des  e'venemens 
<(  d'Kurope,  vous  ferait  exécrer  de  la 
«  colonie  dont  vous  auriez  cause  la  perle. 
«  M,  Galbaud.  Yous  vous  abusez;  les 
<i  commissaires  ne  sont  pas  les  auteurs  du 
«  projet;   je  ne  me  conforme  point  à  leurt 

E  4 


immatmâtma^,^—. 


'W- 


i  ' 


(So  ) 

«  vues  qne  j'ignore,    mais   j'obéis  à  des 
«  ordres  supérieurs. 

«    Le  Député.  D'où  f)artent-ils? 

«  M.  Galbaud.  De  Frauce,  du  conseil 
«  execuf  iin-.nêinp;  la  resolution  a  dte 
<f  irrévocablement  ^  rise  par  lui,  et  il  faut 
«  atoul  prix  que  sa  volonté  s'acromplisse.» 

Lp  députe,  d'après  cet  en. retien  ,  iueea 
avec  raison  que  tous  les  c ffor}^  des  colons 
jDOur  parvenir  à  nn  résultat  avantaqeux, 
seraient  inutiles;  ceqni  fut  confirmele  len- 
demain par  l'arrestation  de  M.  Galbaud, 
d  après  un  ordre  des  commi, maires  qui  le 
constitua  prisonnier  sur  la  flûle  la  Nor- 
mande. Le  gouverneur-general  reclama 
vivement  l'élargissement  do  son  frère,  ou 
c[uil  fût  traduit  devant  une  cour  martiale 
pour  être  jugé.  Ses  réclamations  furent 
mutiles,  on  ne  IVcouta  point,  et  lui-même 
quelques  jours  après  fut  destitué  de  sa  place 
et  constitué  prisonnier  sur  le  même  bâti- 
ment. Le  député  des  Gonaïves  ne  fut  pas 
plus  heureux,  car  il  fut  aussi  arrêté  et 
conduit  en  prison. 

L'arrestation  de  MM.  Gslband  produisît 
«ne  grande  sensation  et  même  de  refferves- 
cenceauCap,  et  tout  semblait  annoncer 
tine  crise  prochaine,  que  personne,  soit  par 
crainte,  soit  par  inertie,  ne  cherchait  à  dé- 
tourner.  Le  danger  cependant  était  près-  , 
sant  Une  foule  de  mulâtres  accourus  de 


W^n^ 


iJSmg^î^^MM. 


(  8i  ) 
tous  les  points  de  la  colonie ,  servaient  de 
corte'ge  aux  commissaires.  Ces  hommes  , 
prote'ge's  parlepouvoir  desdiclateurs  San- 
thonax  et  Polvèrel ,  ne  mettaient  plus  de 
bornes  à  leurs  })retentions  ;  elles  furent 
pousse'es  à  un  tel  point  ,  qu'on  fut  obligé 
d'employer  la  force  ponr  les  réprimer.  Des 
querelles  assez  vives  eurent  lieu  aussi  entre 
les  marins  et  les  mulâtres  ,  et  du  sang  fut 
répandu  j  la  fermentation  gagna  tous  les 
bâti  mens  de  la  rade. 

MM.  Galbaud  ,  cruellement  vexe's  par 
les  commissaires  ,  et  brûlant  dose  venger, 
se  hâtèrent  de  profiter  des  circonstances 
pour  exciter  le  ressentiment  des  marins 
contre  Santhonax  et  Polvèrel.  Ce  qui  leur 
fut  d'autant  plus  facile  que  la  rade  était 
remplie  de  proscrits  et  de  mécontens.  Une 
insurrection  parut  être  le  seul  moyen  à 
employer  pour  sortir  d'un  état  de  choses 
qui  devenait  dejourenjour  plus  alarmant* 
I)'aillenrs  on  savait  pertmemment  que  la 
résolution  avait  été  prise  parles  commis- 
s^aires  de  détruire  la  ville  et  la  colonie  ,  et 
pour  préluder  à  l'exécution  de  leurs  pro- 
jets ,  ils  avaient  commencé  ,  par  Une  pro- 
clamation ,  àt'emander  aux  négocians  une 
somme  de6oo,ooofr,  pour  les  pressans  be- 
soins du  gouvernement,  etpour  laquelle  ils 
devaient  être  solidaires  les  uns  dss  autres. 

Ou  n'est  janaais  bien  reçu  à  demander 

E  5 


(   S2) 

de  l'argent  à  des  personnes  qui  n'ont  pas 
envie  d'en  donner;  aussi  la  demande  des 
commissaires  produisit  une  telle  impres- 
sion ,  etunesivive  inquie'tude  sur  l'esprit 
des  colons  ,  qu'ils  se  demandaient  avec 
effroi  quel  serait  le  terme  de  tant  de  cupi- 
dité' et  de  tant  de  vexations. 

Ce  qui  devait  accële'rer  une  insurrection 
re'clame'e  pour  ainsi  dire  par  tous  les  partis  , 
et  surtout  par  les  commissaires  ,  furent  le 
me'pris  ,  par  ces  derniers  ,  des  usages  les 
plus  respecte's  ,  et  la  violation  des  lois  les 
plus  essentielles  et  les  plus  sacre'es  pour  la 
stabilité'  et  la  tranquillité  d'un  gouverne- 
mentquelconque;  mais  ce  quiacheva,  pour 
ainsi  dire,  d'exaspe'rerles[esprits, fut  le  bruit 
ge'nipralement  re'pandu  que  l'on  de'porterait 
indistinctement  tous  les  blancs.  Les  mulâ- 
tres ,  en  outre  ,  dont  les  commissaires  favo- 
risaient hautement  les  prétentions  ambi- 
rieuses  ,  se  préparaient  à  devenir  proprie'- 
taires  exclusifs. 

D'un  autre  côté  ,  les  capitaines  mar- 
chands retenus  en  rade  par  l'ordre  des 
commissaires ,  et  justement  indignes  d  un 
retard  qui  exposait  le  convoi  à  devenir  la 
proie  des  Anglais  ,  cédèrent  aux  insinua- 
tions du  gouverneur  général  ,  à  qui  ils 
promirent  l'appui  de  leurs  équipages. 

D'après  l'impulsion  donnée  à  tous  les 
esprits,   on  devait  s'attendre  à  des  désor- 


'St^^^SîSl^.. 


(  85  ) 
dres.  Tous   les    jours  il  y  avait  ^es  pro- 
vocations enlre  les    marins  et  les  mulâ- 
tres. Un  matelot  ne  pouvait   descendre   à 
terre  sans  être  insulté.  Des  rixes  violentes 
et   même    des    combats    eurenl  lieu  sur  le 
rivage.  Des  plaintes  graves  furent  portées 
aux    commissaires    contre   les   mulâtres   * 
mais    comme   ce  n'était  pas  l'intéiêt  des 
proconsuls   de  Saint-Domingue  de  répri- 
mer les  attaques  offensive?»  des  hommes  de 
couleur,  toutes  le   dispositions  qu'ils  pri- 
rent,  furent  de   défendre  à    tous  les  ma- 
rins  de  descendre   à  terre  après  sept  heu- 
res du  soir. 

On  doit  présumer  facilement  qu'une 
pareille  consigne  révolta  les  principaux  of- 
ficiers de  la  marine,  irrités  de  se  voir  sa- 
crifiés à  des  mulâtres,  ils  envoyèrent  une 
députation  d'ofticiers  des  difTérens  vais- 
seaux à  la  commission  civile  ,  pour  con- 
naître la  cause  d'une  pareille  consigne. 
Les  commissaires,  qui  étaient  en  ce  mo- 
ment occupés  à  organiser  une  fête  patrio- 
tique ,  ne  voulurent  point  recevoir  la  dé- 
putation. Les  états-majors  de  la  rade  en 
envoyèrent  une  seconde  ,  persuadés  que 
les  commissaires  n'oseraient  refuser  de  îa 
recevoir  ,  et  par  suite  que  la  consigne  se- 
rait levée.  Cette  seconde  députation  ne 
fut  pas  plus  hifureuse  que  la  première  ,  e^ 
revint  sans  avoir  rien  obtenu. 

E  6 


.    (  84  ) 

Le  lenflemain  les  équipages  des  bâtî- 
mens  en  rade  reçurent  l'ordre  d'à  net  r  et 
de  livrer  les  conlre-amirau^.  Cet  ordre  , 
aussi  impolitjque  que  despotiV^ae  de  la 
part  des  conrnni^sairps  ,  révolta  tous  les 
marins  ,  qui  se  refu>èreiit  à  l'exécuter. 
L'indiojnation  était  à  sou  comble,  et^ans 
^lus  balafÈcer,  l'ne  troisièine  deputatioa 
se  rendjt  auprès  des  commissaires,  escor- 
tée déplus  de  reul  marias  ,  bien  dele  rmi- 
aiés  à  enlever  dans  l'in^iant  mente  Saniho- 
uax  et  Polverel ,  s'ils  s'obstinaient  à  refu- 
ser la  leveo  de  la  cousigue. 

Cf-s  derniers  eureni  peur  ;  voyant  qu'ils 
avaient  pris  une  fausse  mesure  ,  ils  voulu- 
rent l'excuser,  en  avouar.t  qu'ils  avaient 
«te  trompes  par  de  faux  rapports  1 1  des 
soupçons  injustes  contre  \ps  étais-majors 
^es  vaisspaux;  et  qu'ils  s'efforcerai<  nt  de 
%>e  oublier  les  uns  et  les  autres  par  des 
témoignages  d'.stime  et  de  confiante  ; 
t€  ou  doit,  ajouièrent-iîs  avf>ç  une  pro- 
«  fonde  hypocrisie  ,  croire  d'autant  plus 
^  à  notre  siritériié,  que,  d'après  les  lumiè- 
«  res  rëceujment  acquises  ,  nous  n'avons 
f  pas  attendu  l'arrivée  de  la  députation 
«  pour  lever  une  consigne  dont  le  ci- 
€  visme  éprouvé  des  officiers  de  la  ma- 
«  fine  avait  eu  raison  de  s*indigner,  » 

Cependant   la    conjuration   tramée   par 
les  marins  dans  la  rade,  se  suivait  îou- 


^M^X»«iii  ilm'iiJiSW 


ssma^sss^esii 


(85) 

jours  avec  chalenr.  Les  contre-amiraux 
paj'ës  pour  ne  pas  s'en  rapporter  à  la 
bonne  foi  et  aux  protestations  de  Santho- 
nax  et  Polverel  ,  et  re'voltës  de  l'audace 
sans  cpssc  croissante  des  mulâtres  ,  e'iaient 
bien  re'solus  a  en  venir  à  un  coup  de  main, 
pour  mettre  fin  à  une  lutte  depuis  long- 
tems  prolonge'e  entre  eux  el  les  commis- 
saires. 

Un  éve'nement  impre'vuhâta  le  moment 
de    l'insurrection.  Un   matelot  attendait  k 
la  cale  la  chaloupe  de   son  bord   ;   atta- 
qué par  trois  mulâtres  ,  il  se  de'fendit  cou- 
rageusement.  Mais   que  peut  le   courage 
contre  le  nombre  el  la  force  des  assaillans  ? 
Prêt  à  être  assommé  par  ces  misérables  ^ 
il  alla  se  réfugier  dans  la  boutique   d'un 
tailleur  ;  ceux-ci  Vy  poursuivirent ,    et  se 
mirent  en  devoir  de  l'en  arracher.  Le  tail- 
leur témoin  et  indigné  d'un  pareil  achar- 
nement ,   prit  la  défense  du  matelot.  Les 
mulâtres  ,   sans  avoir  égard  à  s«s  prières  , 
et  toujours  plus  forcenés  ,  s'apprêtèrent  à 
forcer    l'entrée  de  sa  maison.  Celui-ci  crut 
devoir  opposer   de  la   résistance  ,   il  prit 
son  fusil ,  cro)^ant  leur   en  imposer.  Les 
mulâtres  abandonnèrent  alors  le  matelot , 
pour  se  jeter  sur  son  défenseur  ,  qu'ils  dë- 
sarmèrentfacilement,  son  fusil  n'étant  pas 
chargé  5  et  non  contens  de  l'injurier  ,  ils 
lui  portèrent  plusieurs  coups  de  sabre  ^ 


m 


(  86  ) 

dont  les  blessures  l'obligèrent  à  aller  à  l'hô- 
pital, oii  il  resta  deux  ou  troisinofs. 

Cet  attentat  ,  dont  ou  ne  poursuivit 
point  la  punition  ,  fut  le  signal  de  l'insur- 
rection. La  fureur  des  matelots  était  à  son 
comblej  et  les  murmures  du  peuple  sefi- 
lent  entendre  de  toutes  parts. 

Le  gênerai  Galbaud,  instruitde  tout  ce'qui 
se  passait  au  Cap,  et  témoin  de  la  fermen- 
tation qui  agitait  les  marins  dans  la  rade  , 
après  un  entretien  avec  le  commandant 
des  forces  de  mer  ,  crut  que  le  moment 
était  arrive  de  commencer  les  hostilités. 
En  conséquence  ,  il  publia  une  proclama- 
tion ,  dans  laquelle  il  exposait  les  motifs 
qui  le  déterminaient  à  résister  aux  commis- 
saires ,  et  à  reprendreune  autorité  dont 
ces  derniers  l'avaient  dépouillé  injuste- 
ment. 

Bientôt  on  le  vit  arriver  à  bord  à\i  Ju- 
piter ,  avec  son  frère,  suivi  de  quelques 
soldats. Son  premier  soin  fut  de  haran- 
guer les  matelots  de  tous  les  bâtimens  de 
guerre  et  de  commerce  qui  étaient  en  ce 
moment  rassemblés  sur  ce  vaisseau  ,  et 
d'énumérer  les  griefs  qu'il  avait  contre  les 
commissaires  ,  et  de  manifester  ensuite  la 
résolution  de  se  venger  d'eux. 

L'adjudant  général  Galbaud  prit  ensuite 
la  parole  ,  et  dans  un  discoures  travaille' 
avec  art ,  il  récapitula  les  crimes  des  com* 


l. 


(  .87  ) 

iP.îssâïres  ,  en  invitant  les  équipages  è  se- 
coiB^er  leur  entreprise  ,  qui  tendait  avec 
le  GOBCOurs  des  blancs  ,  à  les  souslraire 
iom  aa  joug  dont  on  voulait  les  accabler  } 
ptais  il  s'écria: 

«Vous   le  devez    d'autant  plus    que 
«  France  vous  a  confie  le  soin  de  défendre 
w  sa    colonie    la  plus   importante.    Non  , 
«r-rotts  ne  tromperez  pas  soB  espoir  ;  l'bon- 
«  oe?ir  du  nom  français   ne  sera  pas  fîelri 
a  par  vous.   Je  ne  parle  pas  de  vos  injures 
«  personnelles.  Si    le  despotisme    de  nos 
«  communs    ennemis  s'était  borne  à   des 
«outrages  qui  vous   fussent  particuliers  ,- 
«je  vous  engagerais  à  faire  au  public  le 
0  sacrifice   de   votre  ressentiment.  Mais  ce 
«  B^est  pas  vous  seuls   qu'ils  oppriment  ; 
«  îeur  tyrannie   pèse   également    sur  tous 
«  les  colons.   Ils   tendent  à   l'entière  snb- 
«  version  de  cette  île  malheureuse.  Mon- 
«  !rez-vous  donc  les  défenseurs  d'un  pays 
«  cjuedeux  monstres  cberchentà  détruire, 
cf  et  soyez  surs  que  vous  trouverez  autant 
e  de  personnes   qui  applaudiront  ou  con- 
m  courront   au  succès  de  vos  efforts  ,  qu'i! 
«  j  a  de  blancs  en  France  et  dans  la  co- 
te lonie.  » 

Ce  discours  fit  la  plus  vive  impression 
sxïv  les  marins  et  les  matelots  des  divers 
bâtimens  ,  qui  ,  comme  nousTavons  déjà 
dit  ,     étaient  rassemblés  sur    le  vaisseau 


^1 


KJSiMutB^uam 


(  88  > 
amiral.  Ceux-ci  deretourdansleurs  navires 
respectifs,  rapportèrent  ce  qu'ils  avaient 
vu  et  entendu.  De  cet  instant  ,  les  équi- 
pages^ de  tous  les  bâlimens  en  rade  ,  suivi- 
rent l'exemple  de  celui  du  Jupiter;  les 
commandans  de  tous  les  navires  ajant  été 
mis  en  arrêt  dans  leurs  chambres  ,  M.  Gal- 
baud  commanda  seul  en  rade. 

Ce  général  ajant  convoqué  une  assem- 
blée des  capitaines  des  bâtimens  mar- 
chands, leur  tint  ce  discours  : 

«  Je  ne  vous  retracerai  poitit  ici  tous  les 
tt  attentats  des  commissaires  contre  la  co- 
ït lonie   et  surtout  conîre  les  marins  ,  vous 
«  les  connaissez  aussi  bien  que  moi-même. 
u  Le  moment  estarrivé  de  nous  affranchir 
«  du  joug  de  ces  despotes  ,  accourus  de  la 
«  métrople  pour  ravager  St.-Dominguc  ; 
(Cils   ont  juré  notre  perte,   c'est  à  nous  à 
«  la  prévenir  ;  le  moindre  retard  prolon- 
«  gerail  le  danger:  vous  êtes  tous  intéres- 
«  ses  à  faire  cesser  un  ordre  de  choses  qui 
«  compromet  votre    sûreté  et  celle  delà 
«  colonie  :    j*ai   donc   lieu    d'espérer  que 
«  vous  me  seconderez  dans  une  entreprise 
«  aussi  juste  qu'indispensable  ,  par  vos  avis 
«  et  par  votre   assistance  :   la  résistance  à 
«  l'oppression  est  le  plus  saint  des  devoirs.» 
Cette   harangue   produisit   relfet  qu'on 
devait  alors  en  attendre.  Tous  les  capitaines 
offrirent  au  général  leurs  équipages  pour 
une  entreprise  dont  le  succès  devait  as^ 


l 


r  89  )  ^ 

surer  le  bien  et  les  intérêts  ^e  tous.  TTii 
des  capitaines  prit  ensuite  la  parole,  et 
s'exprima  ainsi  : 

«  Assez  et  trop  long-tems  nous  avons 
«  gémi  sous  le  despotisme  des  commis- 
«  saires  ;  le  jour  qui  doit  éclairer  notr» 
A  affranchissement  est  enfin  arrive' j  et 
«  comme  Ta  très-bien  dit  le  j;e'néral  , 
«  nous  n'avons  plus  à  consulter  que  notre 
«  courage  ,  pour  nous  délivrer  de  la  fyran- 
«  nie  de  proconsuls  barbares  ,  et  qui  n'ont 
«  de  l'homme  que  la  figure.  On  va  nous . 
«  traiter  de  rebelles;  mais  où  il  y  aoppres- 
«  sion,il  n'y  a  point  de  rebrliion  ;  et  la 
«  vengeance  doit  enfin  atteindre  ceux  qui 
«  ont  viole'  les  droits  les  plus  sacre's  de 
«  rhumanile'.  » 

D'après  loxaspe'ration  des  esprits,  tout 
senib'a  favoriser  l'entreprise  du  ge'ne'ral 
Gill>aud.  On  if^norait  a!>soIiiment  au  Cap 
ce  qui  se  passait  dans  la  rade,  les  com- 
munications :ty:in\  e'téinterrompues  depuis 
deux  jours  entre  la  terre  et  la  mer. 

Que  faisaient  pendant  ce  temps  les  com- 
missaires? Ils  parurent  ignorer  la  conjura- 
tion qui  s'elait  tramée  dans  la  rade  ,  persua- 
dés qu'elle  ne  pouvait  tourner  qu'à  la  perte 
des  conjure's. 

Cependant,  le  20  juin  i7()5(i),  tous  les 

(1)  Tous  les  détails  qui  suivent,  sont  extraits  d« 
Moaiicur  de  Saint-Domingue,  année  i79i« 


9 


(  90  ) 

bâîîmens  marchands  ayant  reçu  Tordre  de 
se  retirer  au  fond  la  baie,  on  vit  s'avan- 
cer les  vaisseaux  le  Jupiter  et  VÉole  qui 
s'embossèrent  devant  le  Cap.  A  la  vue  de 
ces  deux  vaisseaux  prêts  à  foudroyer  la 
ville,  et  d'une  foule  d'embarcations  char- 
gées de  soldats  et  de  matelots  armes  , 
l'effroi  et  la  consternation  se  répandirent 
dans  toute  la  ville.  Ils  redoublèrent,  lors- 
qu'à trois  heures  après |  midi  le  gênerai 
Galbaud  fit  tirer  un  coup  de  canon,  et 
hisser  un  pavillon  bleu,  signal  convenu 
de  départ  des  troupes;  lui-même  s'embar- 
qua dans  une  chaloupe;  son  frère  le  suivit 
<3ans  un  grand  canot.  Une  multitude 
d'autres  embarcations  parties  en  même  tems 
de  tous  les  bâtimens ,  allèrent  aux  différen- 
tes cales  qu'où    leur   avait  indiquées 

M.  Galbaud  descendit  sans  obstacle  aux 
cris  mille  fois  répétés  de  vive  la  nation  ,  et 
marcha  aussitôt  vers  la  maison  du  gouver- 
nement. Pendant  qu'il  s'avançait  par  les 
rues  du  Conseil  et  de  Sainte-Marie,  une 
colonne  commandée  par  un  officier  de 
marine  montait  par  celle  Notre-Dame. 

D'un  autre  côté  ,  l'adjudant  général  Gal- 
baud se  porta  vers  le  champ  de  Mars  ,  où 
ayant  trouvé  les  mulâtres  ,  il  les  attaqua  et 
les  mit  en  fuite:  mais  il  paya  cher  ce  succès; 
car  ,  ayant  donné  dans  un  piège  dressé  par 
îa  trahison  ,  et  qu'il  aurait  pu  éviter  ,  iî 
fat  désarme  et  conduit  au  gouvernement  , 


l 


(  90 
«Coù   les  commissaires  le    firent    traîner 
chargé  de  cbaînes  an  Haut-Cap. 

Pendant  que  ces  evénemens  avaient  lieo 
a«  cbamp   de  Mars  ,   la  colonne  conduite 
|>ar  le  général    Galbaud ,    parvenue   a   la 
place  Monstarcber ,  aperçut  les  volontaires     C 
f|o'etfe  prit   pour    des    ennemis.    Ceux-ci 
fusillés  d'un  côté  par  les   mulâtres  postés 
an  coin  du  couvent  des  religieuses  et^  dans 
le  jardin  du  gouvernement,  et    de   l'autre 
|>ar  îa  colonne  do  général  Galbaud,  furent 
«bligés  de  céder  le  terrain  à  la  colonne  de 
M.  de  Beaumont^  officier  de  marine.  Celui- 
força  la  grille  du  jardin  ,    et  dispersa  les 
ïïîRÎâtresj' parvenu  à  la   seconde  grille,  il 
csîallait  francbir  le  seuiV,  lorsqu'il  fut  at- 
teint d'une  balle  qui  lui  fracassa  le  genou, 
st»  moment  où  il  allait  se  rendre  maître  des 
commissaires;    ceux-ci    se     crurent      uri 
Bioment  perdus  sans  retour,    et   Polverel 
partait  déjà  de  fuir  ou   de  se  rendrej  mais 
Sai*tbonax  ,  plus  ferme  et  plus  résolu  ,  jugea 
^'36  îes  eboses   n'étaient  pas  aussi  déses- 
pérées que  le  croyait  son  collègue  ,  et  que 
cette  multitude    indisciplinée    se    disper- 
serait d'elle-même ,   si  on  résistait   à    son 
premier  cboc.    Ce   qui   confirma    qu'il   ne 
s'était  point  trompé  dans  ses  conjectures  , 
cVst  que  la  colonne  de  M.  de  Beaumont  ^ 
privée  de  son  cbef,  se  mit  aussitôt  en  re- 
traite. Les  matelots   regagnèrent  en   cou-» 


m 


% 


'-" 


Wk', 


(9!^  ) 
rant  le  bordée  la   mer.  Les  volontaires  , 
qui  s  étaient  portes  au  champ  de  Mars  pour 
soutenir  l'adjudant-general  Galbaud.  dont 
ïls  Ignoraient    la  défaite  et  l'arrestation,  se 
vojrant    fusilles   par   les    mulâtres   embus^ 
ques    dans    les    maisons    voisines,     ayant 
perdu  leur  chef  et  trois  des  leurs  ,    crurent 
devoir  faire  un  prompte  retraite,    et    de 
retourner  au  bas  de  la  ville,   pour  s'ins- 
truire   û^%  ëvenemens,     et    recevoir    des 
ordres  payant  trouvé  le  général    Galbaud 
a     arsenal    dont   il  s'éfait  emparé,  ils  se 
rallièrent  à  sa  colonne.  Ce  général,  maître 
de  J  arsenal  .  ayant  à  sa  disposition  l'artille- 
ne,  les  munitions,  \t%  vivres,  et  conservant 
ses   communications  avec  la   rade  ,    était 
dans   une   position  très-favorable  ;     mais 
naturellement  inepte  ,  il  ne  sulpas  profiter 
des  avantages  du  moment.   Les   commis- 
saires ,  plus  habiles  que  lui ,  résolurent  de 
trapper    enfin  nn  coup  décisif.   Dans   un 
coriseil  qu'ils  tinrent,   il   fut  arrêté  qu'on 
opposerait  les  noirs  aux  blancs ,  en  enrôlant 
tous  les  esclaves  de  bonne  volonté^  ceux 
même  des  prisons    furent  armés  dans  la 
nuit,   et  on    leur  fit   jurer   de    défendre 
les  commissaires  contre  les  arristocrates 
cour  prix  de  la  liberté  qui  leur  futaccordée 
al  instant.   Ce  qui   contribua   le  plus  aux 
succès  qu'obtinrent  Sa nihonax  et  Polverel 
lut  I  apathie  des  habitans  du  Cap. 


PI3S^S 


^^l^^^i 


(  95  ) 

Quoi  qu'il  en  soit,  les  deux  partis  se 
pre'j)arèrf;nt  à  en  venir  une  seconde  fois 
aux  mains  ;  le  gëne'ral,  après  avoir  rallie'  ses 
troupes,  et  fait  ses  dispositifms  militaires 
tant  bien  que  mal,  se  mit  en  marche,  et 
s'avança  dans  la  ville.  Quniqu'à  la  tête  de 
forces  imposantes,  il  commença  à  e'prouver 
de  grandes  résistances  :  chaque  rue,  chaque 
carrefour  devin'  le  the'âtre  d'un  combat^  d« 
toutes  les  maisons  pnrfait  une  fusillade  non 
interrompue  qu'il  fallait  taire  taire;  ce  qui 
gênait  tous  ses  mouvtmens,  et  arrêtait 
rimpe'tuosité  de  ses  troupes.  Néanmoins, 
ajant  pousse' jusqu'à  la  place  d'armes  ,  le 
ge'neral  Galbaud  fut  attaqué  vivement  par 
les  mulâtres  er  les  troupes  de  ligne,  qui 
s'e'laient  alors  range'es  du  côte'  des  conjmis- 
saires.  Au  premier  choc  les  matelots  se  de'- 
bandèrent,  et  sourds  à  la  voix  de  leurs  chefs 
qu'ils  abandonnèrent  lâchement,  on  les 
vit  courir  aux  magasins  qui  furent  livres  au 
plus  affreux  pillage.  Les  soldats  de  la  ma- 
rine suivirent  l'exemple  des  matelots;  le 
reste  de  la  colonne  du  ge'ne'ral  Galbaud , 
ne  se  voj'ant  plus  scconde'e  par  ces  der- 
uiers,  se  replia  en  de'sordre  sur  l'arsenal, 
après  avoir  perdu  un  grand  nombre  d'hom- 
mes. 

Tout  n'était  pas  encore  de'sespere',  si  le 
ge'ne'ral  eût  su  conserver  son  sang-froid. 
Mais  soit  lâcheté',  soit  tçrreur   panique  j, 


^  (  94  ) 
il  prit  îui-mcme  la  fuite,  et  courut  vers  îa 
cale,  en  cnaot  que  tout  était  perdu  sans 
ressource^  et  bientôt  abandonnant  sa  petite 
armée,  i!  gagna  avec  la  plus  grande  préct- 
pitalioo  le  rivage. 

Dans  la  situation  déplorable  oùsetroa- 
vait  1»  ville  ,  il  n'était  giières  possible  d'ar- 
rêter le  maL  Néanmoins,  plusieurs  colons, 
s'ima^inant  qu'il  y  avait  encore  du  remède, 
voulurent,  maigiré  l'absence  du  g^îéral, 
faire  de  nouvelles  tentatives  pour  se  reri- 
dre maîtres  de  la  ville:  eiîorts  impuissans  ! 
La  confusion  régnait  partout,  et  l'ardeuf 
seule  du  pillage  animait  les  soldats  et  les 
matelots  qui,  chargés  de  butin ,  ne  parlaient 
que  de  retourner  à  bord. 

Tout  devait  faire  présumer  que  le  géne'- 
ral  Galbaud  reviendrait  à  terre,  ne  fut-ce 
que  pour  ordonner  et  diriger  une  retraite 
devenue  indispensable.  Onse  trompa  j  vai- 
nement lui  représentation  que  les  blancs 
étaient  repoussés  partout:  il  fut  sourd  à  tou- 
tes les  représentations^  on  lui  démontra  la 
nécessité  de  faire  une  troisième  tentative; 
ïl  persista  à  restera  bord,  sans  s'inquiéter 
des  raaiheurs  qui  allaient  fondre  sur  la 
ville  du  Cap.  Tout  ce  qu'on  put  obtenir  de 
lui,  ce  fat  de  le  décider  à  revenir  sur  le 
Jupiler\\k  i!  semitàharanguer  l'équipage 
et  à  lui  débiter  toutes  les  soltises  révolu- 


^^!^^m 


i^s^gsîù 


.     ■    .  (95) 

tîonnaires  accoutumées,  comme  ilTavait 
fait  pre'céclt^miïient. 

Tout  autre  homme,  dans  la  situalîoo 
critique  oli  était  réduite  la  viiîe  du  Cap  , 
eût  pris  des  mesures  énergiques  propres  à 
faire  cesser  les  desastres  affreux  dont  elle 
elait  menacée;  il  se  contenta  d'ordonner 
àes  renforts  pour  le  poste  de  Tarsenal. 

Tandis  que  l'on  se  contentait  de  ha- 
ranguer et  de  délibérer,  les  commis- 
saires faisaient  donner  l'ordre  aux  Doirs 
d'incendier  îa  ville  et  de  massacrer  tous  les 
blancs  sans  distind.ion  d'âge  et  de  se:se  t 
c'est  le  vœu,  disaient-ils,  de  la  France  et  de 
ses  délégués.  Cet  ordre  n'eut  pas  besoin 
d'être  répète  :  on  vit  soudain  les  nègres  et 
les  muiâlres  s'elanccr  dans  les  maisons,  la 
torche  d'une  main  et  le  sabre  de  Faufre; 
mettre  le  feu  aux  meubles  et  aux  matières 
ïes  pliis  combustibles,  et  égorger  impitoya-^ 
bicment  tous  ceux  qui,  par  la  fuite, 'ne 
s'étaient  pas  dérobes  à  Itur  fureur.  Bientôt 
des  colonnes  d'une  fumée  épaisse  et  noirâtre 
annoncèrent  au  loin  les  ravages  de  l'incen- 
die. En  moins  de  deux  heures,  les  rues  de 
Vaudreuiî  et  d'Anjou  furent  dévorées  par 
les  flammes. 

Tout  faisait  présumer  que  l'incendie  ce.s=. 
serait  à  la  Fossette^  faute  d'alioiens;  maig 
on  fut  craellement  détrompé,  car  sur  le 
soir    u!îe  brise  violente   viut  donner   aux 


m 


..         (90  ) 

flammes  une  directiou  nouvelle  et  une 
activité  si  effroyable,  que  toute  la  ville  du 
Cap  ne  parut  pluà  qu'un  vaste  embrase- 
ment. 

«  Quel  spectacle  affreux!  s'e'crie  un  des 
«  te'moins  de  ce  de'plorable  incendie, 
«  bientôt  les  ténèbres  de  la  nuit  disparurent 
«  devarit  cette  clarté  funèbre.  Des  vais- 
u  seaux  de  la  rade  où  ils  s'étaient  réfugiés, 
Cf  dpsmornesquHIscherchaicnt  à  gravir,  les 
«  infortunés  colons  entendaient  le  bruit  da 
«r  canon,  les  hurleniens  des  esclaves  ré- 
(c  voltés  ,  la  cbûte  de  leurs  maisons  consu- 
(i  niées  par  les  flammes  ,  et  les  crislamen- 
<c  tabl<  s  de  leurs  parens  et  de  leurs  amis 
«  égorgés  par  les  noirs.  Il  semblait  qu'une 
a  mer  de  fou ,  agitée  par  la  plus  violente 
a  tempête,  dirigeait  ses  flots  et  exerçait 
ft  ses  ravages  sur  la  malheureuse  ville  du 
«  C^p.  An  milieu  des  ruines  et  des  cada- 
«  vres,  quelques  personnes,  réduites  au 
«  désespoir,  n'furent  pas  le  courage  d'at- 
«  tendre  la  mort  et  volèrent  au-devant  de 
«  ses  coups.  Un  riche  négodaut  se  brûla 
«  la  cervelle;  un  autre  termina  ses  jours 
«  par  le  poison;  et,  c^  qui  ne  peut  être 
«  raconté  sans  frémir,  ce  qu'on  aura  de 
(c  la  peine  à  croire,  une  f(mme  dont  le 
«c  mari  venait  d'être  massaéré  à  ses  côtés, 
«  furieuse,  éperdue,  attacha  à  sa  ceinture 
f(  l'enfant  de  trois  ans  quelle  portait  danî 

«  ses 


vmmmaÊi^^^^^simÊÊÊÊi^m^â^^â^^. 


(97 


[  ses  braSj,  et  se    prccipila  avec  lui  dans 
t  ]a  mer  » 

Tel  fat  le  tableau  affreux  et  déchirant 
|ue  présenta  la  ville  du  Gap  le  24  joiti 
1795,  et  qui  n'était  que  le  prélude  des  dé- 
astres qui  devaient  porter  i'épouv^ànte  et 
a  désolation  dans  toute  la  colonie. 

Ce  même  jour,  au  soir,  une  proclama- 
ion  des  commissaires  fut  publié  dans  la 
ade ,  enjoignant  aux  matelots  et  aux 
narins  d'arrêter  M.  Galbaud,  et  de  le 
:onduire  prisonnier  sur  le  bâtiment  VAmé-^ 
Hca . 

A  peine  ce  général  en  fut-il  informé,  qull 
;e  mit  à  haranguer  l'équipage  ,  en  lui  fai- 
sant part  du  malheur  dont  il  était  menacé. 
;<  On  veut,  poursuivit-iî ,  rae  livrera  ces 
:<  hommes  (  les  commissaires  )  qui  ont  ré- 
;<  duiten  cendre  la  ville  du  Cap,  qui  veu- 
;t  lent  ruiner  la  France  par  la  perle  de  sa 
K  colonie  la  plus  importante.  Ferez-vous 
«  un  crime  à  celui  qui  a  cherché  à  pré- 
«  venir  tous  ces  maux?  trahirez-vous  le 
«  gouverneur,  à  qui  vous  aviez  promis 
«  d'obéir  ?  livrerez-vous  à  des  monstres 
«  teints  du  sang  de.  nos  frères  le  général 
«  que  vous  aviez  choisi  pour  marcher  à 
«  votre  tête,  qui  n'aurait  pas  Irotopé  votre 
«  espoir,  si  les  citoyens  du  Cap,  pourles- 
«  quels  nous  avons  voulu  nous  sacrifier  ^ 
K  avaient  montré  aataiil  de  zèle  à  nous  se 
St.'Doming'.ie.  F 


(  9^  ) 
«  conder,  que  vous  avez  déployé  d'ardei 
«  pour  les  servir  et  les  défendre  ?  » 

Cette  espèce  de  discours,  quielaitprop] 
à  séduire  les  matelots  e(  les  soldats  de 
înanne  ,  lui  aUira  le  mépris  de  tous  les  o 
ficiers.  Cependant,  en  dernier  résulta 
on  nVut  aucun  égard  à  la  proclamatic 
des  comml.saires  ,  et  M.  Galbaud  futmaii 
tenu  dans  le  commandement  du  vaisses 
le  Jupiter, 

Dans  un  conseil  de  guerre,  qui  fut  ten 
sur  le  même  vaisseau  ,  après  avoir  beat 
coup  divagué  sur  des  questions  aussi  aï 
surdesque  ridicules,  l'assemblée  arrêl 
enfin  que  les  magasins  et  la  poudrière  se 
raient  vidés  .  qu'on  enclouerait  les  canor 
du  fort,  et  qu'il  serait  lihreà  tous  les  hi 
bitans  du  Cap  de  se  retirer  sur  la  flotte 
dont  on  fixa  le  départ  au  lendemain. 

Lemême  témoin  dont  nous  avons  extra] 
les  détails  précédées,  donne  le  dernre 
coup  de  pinceau  au  tableau  âes  désas 
très  de  la  ville  du  Cap,  dans  le  passag 
suivant: 

«  Quelque  triste  que  fût  le  sort  de  1 
«  population  blanche  ref'jgiée  à  bord  de 
«  vaisseaux,  il  n'était  pas  comparable  au: 
«  ou 'rages  de  tout  genre  éprouvés  pa 
«  celle  qui  était  entassée  aux  casernes,  oi 
tt  errante  dans  les  savannes  du  Kaut-C^p 
«  Toutefois  les  injures,  1^5  menaces,  h 


••SSÎÎ' 


•^El^SS^SS^tï 


(99) 
K  fers    et  les  coups  étaient   les  moindres 
K  de  ses   maux.   Une    faim  dévorante    et 
i<  qu'irritait  encore  la  vue  des  alimens  re- 
u  serves  aux  seuls  nègres  ,  livrait  les  blancs 
«  à  des  tourmens  qui  ne   peuvent  se  dé- 
«  crire»  et  il  faut   les  avoir  subis  pour  en 
«  concevoir  l'épouvantable  borreur.  Q«el- 
«  ques  femmes   invinciblement  entraînées 
M  par  la  tendresse  maternelle,  ne    pou- 
«  vant  plus  offrir  à  leurs   enfans  extenues 
«  qu'un    sein    flétri  et   desséché,   osèrent 
«  les  présenter,   mourant  du  plus  terrible 
«  des  supplices,   aux  commissaires  et  aux 
«  généraux  qui  se  trouvaient  J)rès   d'eux; 
«  les  monstres  furent  sans  pitié,   sans^  en- 
«  trailles;   ils   virent  d'un  œil  sec  la  pâleur 
«  et  les  larmes  des  mères;   ils  entendirent 
«  sans  émotion  lesgémissemens  et  les  pria- 
it res  de  tant  de  jeunes   et  innocentes  yic- 
«  times.  Bientôt   joignant    la  calomnie  à 
«  l'outrage,  le  blasphème  à  la  férocité,  ils 
<ï  ne  crurent  pas  assez  grande  l'infortune 
«  de  ceux  qui    les  imploraient,    et  se  fi- 
w  rent  un  barbare  plaisir  de  1  augmenter  , 
«  en   disant   que  le  jour  delà  justice  di- 
«  vine  était  eiifln  arrivé,  où,  par  sa  des- 
ft  truction  totale ,   la   population  blanche 
tt  allait  enfin  expier  le  crime  dont  depuis 
«  long-tems  elle  se  rendait  coupable. 

La  flotte  qui  portait  le  malheureux  co- 
1<0H»  ,  pouvait  être  incendiée  par  les  agens 

F  % 


'   .  (    100    ) 

«les  commissaîres ,  si  elle  restait  pïus  long- 
ieoas  eo  rade;  en  consëquence  M.  de  Ser- 
cey,   charge  d'escorter  ie   convoi,   fit   le 
sjgria!  d'appareiller.   Le  lendemain  le  con- 
voi fout  entier ,    portant    les   restes    delà 
popufut.on  blanche,  fit  voile  pour  le  con- 
tinent de  l'Amérique,  et  mit  quatorze  fours 
pourse  rendre  à    la  baye  de    Chesapeack. 
M.  de  Larnbis,  qui  commandait  le  Jupi^ 
^er,  a  la  place  de    M.   Galbaud,   çm{  éfait 
devenu  un  être  à  peu  près  nul  ,  avait    pré- 
cède la  fiole  de  vingt  quatre  heures.   Arri- 
ve au   Cap.Henri,  li  dépêcha   aussitôt  un 
oihcier    de  cette   ville  à   Norfoick,    pour 
prévenir  le  magistrat  et  le    consul   de    la 
tt^T"^?'q«e   Française,    de   l'incendie    au. 
^ap,  et  du  désastre  général  de  la    popu- 

iation  ulanchedu  nord  de  Saint-Domin eue 
torcee  d'émigrer  aux  États-Unis  ,  et  au  se- 
cours  de  laquelle  il   était  urgent    de  ve- 
ïîîr,  SI   on  voulait  l'empêcher  de  périr  de 
rnaiadie     ou   de   misère.    Les  habitans  de 
i^orfolck   et  de   Portsmouth,    touchés  de 
compassion  à  la  vue   de   ces    infortunés 
échappés  à  riucendie  de  leur  ville,  et  au 
ter  ût^   nègres,   s'empressèrent,    par  une 
contribution  qni  fut  faite,  pour  ainsi  dire 
almstant,    à  procurer   des    soulagemens 
aux  plus  nécessiteux. 

Les   membres   de    la    légation  française 
lie  suivirent  pas  un  si  bel  exemple.  Imbus 


fTi.^  t ZSMi,ataÊÊtll'^  i 


■^SÊSî^s^SB^^ï^: 


(    101    ) 

des  principes  révolutionnaires ,  partisans 
de  la  liherlé  des  noirs'  et  applaudissant, 
aux  mesures  incendiaires  de  Santhonax 
et  Polverel,  ils  mirent  en  délibération  si 
l'on  accorderait  des  iecours  au  malheur. 
La  délibération  ne  fut  pas  longue  ,  elle  se 
borna  à  l'établissement  de  deux  hôpitaux 
pour  les  malades  de  la  flotte.  Le  reste  fut 
abandonné  aux  soins  ^e  la  providence. 
Heureusement  que  cette  providence  fut 
plus  humaine  que  la  légation  française. 
Les  États  de  Marjland  ,  de  Virginie,  de 
Pensvlvanie,  des  Carolines  ,  de  New- 
Yorck,  de  Massachusset ,  et  même  un 
grand  nombre  d'autres  villes  ,  décrétèrent 
des  contributions  pour  ces  infortunés  :  une 
foule  d'ames  bienfaisantes  ,  sans  être  dans 
l'aisance  ,  y  ajoutèrent  le  sublime  denier 
de  la  veuve. 

Les  blancs  qni  avaient  fui  la  persécu- 
tion, ou  plutôtla  mort  qui  leur  était  ré- 
s?ïvée  ,  ne  durent  plus  regretter  la  ville  du 
Cap;  elle  n'existait  plus;  le  feu  l'avait 
presqu'enlièrement  détruite;  elle  ne  pré- 
sentait plus  aux  regards  attristés  qu'un 
amas  de  cendres  et  de  décembres;  un  si- 
lence efFrajant ,  image  de  celui  des  tom- 
beaux, planait  sur  des  ruines  encore  fu- 
mantes; les  rues  étaient  jonchées  de  cada- 
vres ,dont  les  uns  étaient  en  partie  consu- 
més par  les  flammes  ,  et  les  autres  à  moitié 

F  5 


(   Î02   ) 

ronge's  parles  chiens  ,  et  tous  exhalant  une 
odeur  mfecte  ,  capable  de  porter  la  mort 
au  sem  des  vivans.  Jamais  spectablepluS 
hideux  et  plus  horrible  ne  s'ofïrit  aux  re- 
gards humains.  On  aurait  pu  s'écrier 
alors  : 

.  ^  .  £/2  campos  ubi  Troja  fuît. 

Ce  fut  au  milieu  de  ces  décombres  ,  de 
ces  ruines^  sanglantes  ,  et  aux  cris  mille 
tois  répètes  de  vive  la  nation  î  vive  la  répu- 
b  ique  I  que  les  commissaires  Santhonax 
et  Po  verel  rentrèrent  dans  la  ville  du 
i.ap,  legaout  1795.  Leurs  premiers  soin» 
turent  de  faire  éteindre  le  feu  concentre 
qni  tumait  encore  au  milieu  des  ruines:  les 
bianc$  forces  alors  à  être  les  esclaves  des 
nègres  ,  furent  employés  à  déblayer  les 
rues  a  enlever  les  cadavres  et  aux  travaux 
\^^  plus  degoûtans.  Rien  ne  fut  épargné 
pour  rendre  leur  condition  malheureuse; 
le  mot  d  humanité  était  proscrit  de  toutes 
es  bouches;  car  depuis  longtems  ce  sen- 
timent n  existait  plus  dans  les  cœurs. 

Le2i  jum  1795,  les  commissaires  avaient 
tait  une  proclamation  qui  donnait  la  li- 
Derle  aux  esclaves  ^xx\  avaient  pris  le  parti 
et  défendu  les  proconsuls  delà  république, 
^n  en  fit  des  compagnies.  Nous  ferrns 
observer  ici  que  celle  liberté  n'en  exilait 


l 


I^IB^ 


ijsmi^m^s^ 


(io5) 
pas  moins  pour  les  autres ,  quoiqu'elle  ne 
fût  pas  proclame'e. 

Nous  avons  déjà  expose'  que  les  chefs 
des  révoUés ,  d'une  opinion  contraire  à 
celle  des  commissaires,  n'avaient  jamais 
voulu  adhérer  à  leurs  propositions.  Jean- 
François  et  Biassou  rejetèrent  continuel- 
lement leurs  offres.  Maca^ra,  commandant 
eu  camp  Bobillard,  eut  une  entrevue 
avec  Polverel.  Ce  dernier  tâcha  de  le  se'- 
duire  parles  promesses  les  plus  flatteuses; 
il  eut  beau  le  traiter  de  citoyen  et  le  de'* 
corer  du  titre  de  ge'ne'ral ,  Macaya  fut  in- 
sensible à  toutes  ses  séductions  et  pro- 
messes. Le  commissaire  poussa  le  civisme 
ou  plutôt  l'indécence  jusqu'à  s'enivrer 
avccluij  mais  toutes  les  fois  que  le  blanc 
proposait  de  boire  à  la  République ,\enoit 
refusait,  ou  disait  toutbas  ,  à  la  santé  du  Roi. 
En  dernier  du  résultat  il  répondit  à  toutesles 
propositions  de  Polverel  par  ces  mots  : 
«  Je  suis  obligé  d'être  fidèle  au  Roi  de 
«  France  qui  est  mon  père  ,  et  au  Roi  d'Es- 
«  pagne  qui  représente  ma  mère.  Indé- 
«  pendamment  de  ce  devoir  sacré,  les 
<c  sujets  de  trois  Rois  (i)  descendans  de 


(î>  Le  troisième  roi  dont  voulait  parler  Ma- 
«aya,  était  celui  de  Congo.  Dans  nos  "colonies,  le» 
n'erres  ne  reconnaissaient  que  les  roi»  de  Fraoeej^ 
d'Espagne  et  de  Congo. 


(  ïo4  ) 

u  ceux  qui,  conduits  par  ^jne  e'foiîe, 
«  avaient  ëte  adorer  l'horarae  Dieu,  ne 
«  peuvent  pas  se  faire  de  guerre  entre 
ït    eus. 

Les  principaux  chefs  des  nègres,  Jean- 
François,  Biassouj  Toussaint-Louverlurc, 
proclamèrent  que,  loin  d'accepter  la  liberté 
(|ui  leur  était  offerte  par  les  comraisaires  , 
iîs  vengeraient  le  sang  des  victimes  que  ces 
proconsuls  avaient  si  impitoyablement 
verse.  îîs  tinrent  parole  :  Jean  François  et 
Bîassoo  fsrentîa  conquête,  pour  l'Espagne, 
clés  paroisses  de  l'est  et  de  l'ouest,  que 
jusqu'alors  ils  avaient  défendues.  Le  camp 
de  la  Tannerie  fu?  enlevé  par  Jean-Fran- 
çois ,  et  le  mulâtre  Lesec  se  rendit  maîrre 
de  celui  qui  porîait  son  nom  dans  la 
paroisse  des  Ecrevisses. 

Une  chose  digne  de  remarque,  c'est  que 
les  commissaires  étaient  obliges  de  corn- 
l>attre  les  nègres  pour  leurs  faire  accepter  la 
iîberte;  ce  qui  contrariait  leur  projet, 
celai  d'opërer  une  grande  révolution  dans 
Jes  Antilles.  Néanmoins  iîs  en  vinrent  à 
hout ,  lorsqu'ils  proclamèrent  que  la  resis- 
laoee  des  esclaves  à  l'oppression  ,  était  un 
<3roit  inaliénable  qu'ils  n'avaient  jamais 
pu  yjerdre. 

Quoi  qu'il  en  soit,  Sanfbonax,  Polverel, 
etDelpech,  qui  exerçait  aux  Cajes,  les 
jonctions    de    coii   aissaire    civil   par   un 


iMilH'Wi  '  i|'i  g^^^ 


ifSSS^^s^^smssTf, 


(  io5  ) 
décret  spécial  de  la  convention,  n'e'taient 
pas  toat  à  fait  d'acaord  sur  l'epoqne  et  la 
manière  de  proclamer  la  liberté'  des  nègres. 
Santhonax,  qui  était  au  Cap,  aspirant  à 
l'honneur  de  montrer  l'exemple,  fit  le 
premier  une  'proclamation  ,  où  la  liberté 
gene'rale  n'était  pas  absolument  restreinte, 
quoiqu'elle  fût  à  un  certain  point  con- 
ditionnelle. 

Polverei ,  au  Port-au-Prince  ,  se  montra 
moins  empresse';  il  ne  dissimula  pas  à 
Santhonax,  les  doutes  qu'il  avait  sur  la  lé- 
galité' de  celte  mesure. 

«  Avez-vous  e'të  libre,  lui  e'crivait-iî,  de 
«  ne  pas  la  prendre?  Quelle  liberté  que 
u  celle  des  brigands!  quelle  e'galite'  que 
«  celle  où  règne  la  seule  loi  du  plus  fort  ! 
«  Quelle  prospérité  peut-on  espérer  sans 
«  travail ,  et  *{uel  travail  peut-on  attendre 
«  des  Africains  devenus  libres  ,  si  vous  n'a- 
«  vez  pas  commencé  à  leur  en  faire  sentir 
«  la  nécessité,  en  leur  créant  âes  jouissances 
«  qui,  jusqu'à  présent,  leur  étaient  in- 
«  connues » 

Cependant  Polverei  ne  laissa  pas  que  de 
reconnaître  aux  esclaves  les  droits  du  ci- 
toyen dans  toute  la  latitude  du  mot ,  et  par 
une  proclamation  leur  promit  de  leur 
assurer  des  propriétés  par  le  partage  des 
terres  ;  ce  qui  était  une  espèce  d'échan- 
tillon delà  loi  agraire. 


•^ 


(  ïo6  ) 

peîpech  écrivit,  le  8  août,   à  Polverel 
qui  lui  avait  envoj^é  ses  proclamations  : 

«  Je  n'adopte  ni  vos  mesures,  ni  celles 

«  de  Sat.'thonaxj  je  suis  convaincu  que  la 

«  commission  civile  n'a    pas  le  droit  de 

«  changer  le  régime  colonial,  et  de  don- 

«  ner  la  liberté  à  tous  les  6sclaves^  que  ce 

«  droit    n'appartient  c^u'aux  representans 

«  de  la  nation  entière,  qni  ne  nous  l'ont 

«  pas  déiëgue'.   La  proclamation  de  San- 

«  thonax  et  la  vôtre,  adopte'es  purement 

«  et   simplement,    me   paraissent   devoir 

«  entraîner  de  grands  desordres,  surtout 

«  la  première.  Cependant  elle  est  un  coup 

«   d'ëier  iricité  dont  il  est  impossible  d'arrê- 

«  ter  la  coL^motion  ,  il  n'y  aura  plusmojea 

<f   d'y  revenir;  donc  il  faut  la  modifier  ea 

«  combinant  les  vues  de  Santhonax  avec  les 

«  vôtres  et  arec  celles  que  je  vous  com- 

«  muniquerai,  de  manière  que  sa  procla- 

«  mation  n'ait  plus  que    le   défaut  d'être 

tf  prématurée.    Mais  il    est  indispensable 

•t  que  nous  prononcions  de  concert,  c'est 

«  le  seul  moyen  de  couvrir  ce  qu'auraient 

«  d'illégal    les   mesures    prises    par  vous 

«  et  notre  collègue.  « 

Delpech  mourut  quelques  jours  après,  tuX 
Cayes. 

Deux  mois  environ  après  l'incendie  dii 


'^^S^S^^^Tfr 


(  107  ) 

Cap ,  Sanlhonax ,  de  sa  propre  autorité,  ou 
peut-être  d'après  les  instructions  des 
jacobins  de  Paris,  proclama  Tesrlavage 
aboli  pour  toujours  à  Saint-Domingue. 
Le  bonnet  rouge,  symbole  de  la  liberté', 
fut  promené  dans  la  ville  aux  cris  mille 
fois  répétés  de  vive  la  république  I  des 
arbres  de  liberté  furent  plantés;  les 
premiers  fruits  qu'ils  portèrent  furent  l'in- 
cendie des  quartiers  Morin,  de  Limonade, 
de laPelite- Anse,  de  Plaisance,  duPort-de- 
Pais  et  du  Port-Margot. 

Il  n'y  eut  plus  de  privilèges  ,  de  distinc- 
tions ;  les  pouvoirs  passèrent  sans  restiic-- 
tiou  aux  mulâtres  et  aux  nègres.  Mais  aussi 
l'argent  disparut,  et  on  manqua  de  vivres 
et  de  provisions. 

Les  quatre  paroisses  delà  Grande-4nsc, 
pour  se  soustraire  au  despostime  des  com- 
missaires et  des  nègres ,  firent  part  à 
leurs  émissaires  à  Londres,  de  la  position 
fâcheuse  011  ils  se  trouvaient ,  et  les  prièrent 
de  faire  des  propositions  au  cabinet  de 
Saint-James.  Le  résultat  de  la  négociation 
fut  que  le  gouverneur  de  la  Jamaïque  vint 
prendre  possession ,  au  nom  de  sa  majesté 
britannique  ,  de  Jérémie  et  de  ses  dépen- 
dances. 

Le  môle  tomba  sous  la   puissance   des 
Anglais,  qui  sont  toujours  prêts  k   prcH 


(    T08    ) 

fiter  du  mald'autrui.  Cinquante  ^omme? 
de  troupes  de  cette  nation  suffirent  pour 
celte  expédition;  mais  il  faut  avouer  que 
c'étaient  les  blancs  qui ,  ne  sachant  à  qui 
recourir,  crurent  devoir  implorer  la.  pro- 
tection de  la  Grande-Bretagne.  Celait  se 
jeter  dacs  la  gueule  du  loup. 


FIN. 


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